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28/09/2014

Sénatoriales

Dans l'Hérault ce dimanche, le scrutin proportionnel pour le Sénat apporte des enseignements remarquables, des constats assez différents des autres départements.

Déjà, les résultats :

  Nombres d'inscrits = 2364  Nombre de votants = 2343
  Nombre de bulletins exprimés = 2305

  Liste Divers-droite de J-P. Grand = 492 [21,34 %] > Elu
  Liste Debout la République de M. Colas = 18 [0,78 %]
  Liste Bleu Marine de Marie-Christinne Aubert = 135 [5,86 %]
  Liste UMP de François Commeinhes = 447 [19,39 %] > Elu
  Liste Divers-gauche de R. Navarro = 257 [11,15 %] > Elu
  Liste Divers-gauche de Ch. Bilhac = 237 [10,28 %]
  Liste EELV de M. Comps = 50 [2,17 %]
  Liste Ext-droite de J-C. Martinez = 7 [0,30 %]
  Liste PS d'H. Cabanel = 378 [16,40 %] > Elu
  Liste Divers-droite de R. Couderc = 116 [5,03 %]
  Liste PCF de J-P. Perez = 97 [4,21 %]
  Liste PdG de R. Revol = 71 [3,08 %]

La victoire de Jean-Pierre Grand (ex-UMP), efficacement soutenu par Philippe Saurel (ex-PS), témoigne du déficit de crédibilité dont souffrent les partis politiques dans le département ; c'est par exemple beaucoup moins vrai chez nos voisins de l'Aude (où le PS officiel conserve ses deux sièges), et ceux du Gard (où l'UMP officiel gagne un siège de plus au détriment du PS).

Or, un candidat comme Jean-Pierre Grand, maire de Castelnau-le-Lez et ancien député de la 3ème circonscription de l'Hérault, n'est pas notoirement connu au delà de l'agglomération de Montpellier. Et pourtant, il arrive en tête du scrutin, et avec 23 voix de plus sa liste aurait gagné un second siège ... Cela signifie que les élus locaux s'identifient à ces profils qui sortent des sentiers battus. La très grande majorité des grands électeurs n'est pas encartée dans un parti politique, et là ils révèlent leur défiance vis à vis de formations qui privilégient plus souvent l'accès aux mandats électifs que l'accompagnement sur le terrain.

Mais alors, comment expliquer le résultat de Christian Bilhac ... qui perd de 20 voix derrière Robert Navarro ? Le réseau des maires ruraux que Christian Bilhac a longtemps animé serait moins efficace que le réseau des élus socialistes que Robert Navarro a longtemps animé en tant que 1er fédéral du PS héraultais ? Mais la différence de 20 voix n'aurait pas suscité ce paradoxe si Raymond Couderc ne s'était pas présenté ou si Jean-Pierre Grand avait glané quelques voix en plus, car seul Henri Cabanel aurait été élu à gauche.

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A l'échelle du département de l'Hérault, c'est la droite qui devient majoritaire, et le maire de Montpellier jouera un rôle de plus en plus central dans l'issue des élections à venir (départementales et régionales de 2015). Mais c'est aussi le reflet d'un courant politique assez neutre, un mixte de Manuel Valls et de Dominique de Villepin ... et on voit bien qu'avec ces deux là le développement envisagé pour l'Hérault restera soumis aux dogmes actuels, vu depuis Montpellier, un territoire économiquement dynamique, et sans aucune vision pour le reste du département. Et cela laisse à Henri Cabanel la charge de représenter les territoires ruraux ...

A l'échelle nationale, la droite reprend la majorité au Sénat et le Front National y gagne deux sièges. Rien de très révolutionnaire dans ce basculement de la chambre haute du Parlement, et puis c'est surtout un scrutin dont nos concitoyens se fichent pas mal :=(

Il reste une question, c'est quand le changement ?

20/09/2014

Avec le Non en Ecosse, c'est le conformisme qui l'emporte en Europe !

Dès l'annonce du résultat du référendum écossais, l'Europe a avoué son soulagement. Que ce soit par la voix de l'actuel Président de la Commission José Manuel Barroso qui dans un communiqué "salue la décision du peuple écossais de maintenir l'unité du Royaume-Uni. Ce résultat est bon pour l'Europe unie, ouverte et plus forte que soutient la Commission européenne", ou par celle du Président du Parlement européen Martin Schulz : "J'avoue, le résultat me soulage, a-t-il concédé. Je suis content du résultat [...]", l'Europe est passée pas loin d'une petite révolution démocratique.

Car, pour les partisans du Oui, c'était un immense espoir pour l’Écosse au sein de l'Europe. Pour une fois que l'Europe faisait rêver des européens ... Et les catalans comme les corses pouvaient rêver d'indépendance, non pas dans une approche nationaliste, mais en l'inscrivant dans le processus de construction de l'Union Européenne. Nous sommes déjà 28, alors pourquoi pas 29, 30, etc ?

L'hémicycle du Parlement européen pourrait se faire au kilt (ici porté par David Coburn d'Ukip), selon le président catalan.
David Coburn d'Ukip dans l'hémicycle du Parlement européen (Photo Frédéric Florin. AFP)

Mais si le Oui l'avait emporté, de multiples questions seraient venues sur la table, car le cadre européen justement ne prévoit rien. L’Écosse indépendante aurait-elle été membre de droit de l'Union Européenne ou aurait-elle du suivre le long processus d'adhésion ? Les statuts de l'UE ne prévoient rien en la matière. Idem pour la monnaie ; l’Écosse aurait-elle pu adopter l'Euro ? Et qu'allait donc devenir le Royaume-Uni ? Son démantèlement allait-il produire une onde de choc sur l'économie européenne déjà bien fiévreuse ?

Les institutions européennes et les marchés financiers n'étaient pas du tout favorable à cette émancipation nationale, trop de questions en suspend, trop d'incertitudes qui ne peuvent qu'inquiéter les grands de ce monde.

Et au final, c'est encore le conformisme qui l'emporte. On ne change rien, l'Europe demeure un grand marché économique où le commerce réunit distributeurs et consommateurs pour le meilleur du capitalisme mondialisé. Oublions donc les aspirations indépendantistes, les identités culturelles régionales ou encore la relocalisation de certaines activités humaines, les européens doivent se mettre à l'heure de l'iPhone 6, du numérique et de la prochaine coupe d'Europe de football.

Nous aurons demain l'accord de libre-échange avec le Canada (conclusions formelles rendues publiques au sommet UE-Canada à Ottawa le 26 septembre et vote par le Parlement à la mi-mai), puis celui avec les USA (cf. TTIP ou TAFTA) qui sanctuariseront le commerce mondial des biens et des services, le culte qui s'impose à l'ensemble de notre planète.

Le rêve européen ne s'est-il pas brisé en 2005 ? Ou plutôt après 2005 quand l'expression souveraine du peuple a été balayée d'un revers de main ... Le scénario du développement européen était déjà écrit, telle une bible secrète, et il doit se dérouler tranquillement. Comme la grenouille plongée dans une eau que l'on chauffe tout doucement ...

Grenouille_Verte.JPG

Imposer le secret, pouvoir et citoyenneté sont-ils antinomiques ?

Combien d'affaire politico-financières se sont-elles arrêtées brutalement quand les services de l’état opposent le fameux "Secret Défense" ? France 3 diffusait cette semaine un documentaire remarquable sur le juge Renaud Van Ruymbeke, lui qui a vu certaines de ses instructions se heurter à "la défense des intérêts majeurs de l’état". Mais qui en décide ? Quel pouvoir ?

renaud_van_ruymbeke.jpg

L'extrait ci-après du documentaire de France 3 dédié à Renaud Van Ruymbeke où il s'est vu opposé le secret défense dans l'affaire des frégates taïwanaises illustre les limites de son métier de juge d'instruction, il porte un regard critique sur la relation entre les citoyens et le pouvoir, sur la citoyenneté.

"Renaud Van Ruymbeke, au nom de la loi", un film de Philippe Pichon
Une co-production France Télévisions / Octobre production

La démocratie s'arrête-t-elle au soir du scrutin ? Élire ses représentants suffit-il pour déléguer aveuglément notre souveraineté populaire ? Or, il est à mon sens assez irresponsable pour les citoyens que de laisser leurs élus administrer la collectivité ou l’État, et user de leurs contributions fiscales sans aucune transparence. Car la démocratie qui s'est substituée en France à l'arbitraire royal permet justement aux élus et aux citoyens d'accéder aux décisions du pouvoir.

La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 est le texte fondateur de notre République. Et dans le contexte de cette note, je fais référence à son article 14 : "Chaque citoyen a le droit, par lui-même ou par ses représentants, de constater la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée". Il donne suite à l'article 13 : "Pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés " et il est clairement résumé par l'article 15 : "La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration".

Le fonctionnement de l’État, mais aussi celui de nos collectivités locales est de plus en plus complexe. Et en même temps, les citoyens délèguent de plus en plus, et ils délèguent trop souvent en faisant un chèque en blanc. Beaucoup de citoyens que je croise localement sont sur cette longueur d'onde : ils élisent des conseillers municipaux pour gérer la commune et ils ne souhaitent pas être embêtés pendant les 6 ans du mandat ; "on verra à la prochaine élection". Mais avec une telle attitude, Thomas Thévenoud serait encore secrétaire d'Etat, Aquilino Morel serait encore l'un des conseillers du Président de la République et Jérôme Cahuzac serait encore ministre du Budget ... Des contre-pouvoirs sont indispensables en démocratie.