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29/08/2014

Du citoyen-travailleur au citoyen-consommateur, sur la voie de la zéro-résilience

Jusqu'aux années 70, le citoyen était entre autres un travailleur. Tous les progrès économiques et sociaux se sont basés sur le travail. Avoir un travail donnait un statut social, cela permettait de s'épanouir au sein de la société et c'était la condition pour fonder une famille, avoir un logement, etc. Et notre système social reste encore fondé sur le travail ; ce sont les cotisations sociales prélevées sur les salaires qui abondent les caisses des organismes sociaux.

Mais à partir des années 80, c'est le consommateur qui prend le dessus sur toute autre représentation de la société. Désormais, c'est "je consomme donc je suis". Un individu s'épanouit et s'identifie dans la société en fonction de sa consommation de biens et de services. Et c'est dès l'école que ce paradigme s'installe, avec de plus en plus tôt une véritable addiction à la consommation.

Paradoxalement, un indicateur comme le produit intérieur brut (PIB) mesure la production marchande et non marchande nationale, mais son principal facteur de croissance est la consommation des ménages et des entreprises. En même temps, les syndicats de salariés et les partis politiques de gauche continuent de faire des combats des travailleurs leur principale ligne de clivage. La question des 35 heures est à ce titre très symbolique ; les salariés français travaillent en moyenne un peu plus de 39 heures par semaine, faisant par la même gagner 4 heures supplémentaires par semaine aux salariés, mais supprimer la loi de Martine Aubry demeure un sujet de débat.

A droite, le passage du citoyen-travailleur au citoyen-consommateur ne change rien, car le capitalisme repose sur un accroissement de la production ; il y a cinquante ans cela créait plus de travail, et ça génère aujourd'hui plus de commerce de biens et de services. Mais quand le Parti Socialiste se met à défendre la croissance économique qui passe par plus de production des entreprises (politique de l'offre) et par plus d'achat des ménages et des entreprises (politique de la demande), il conduit le même projet que la droite de Sarkozy. Et le PS y ajoute un handicap, c'est qu'il promeut la consommation tout en conservant le travail comme principal paramètre des financements publics (cotisations sociales, assurances chômage, mutuelles de santé, retraites, impôts sur le revenu, ...).

En parallèle, et comme il y a de moins en moins de travail, c'est l'emploi salarié qui est devenu le principal moyen de redistribuer les richesses produites. C'est la vieille théorie du fordisme, l'industriel américain qui rémunérait convenablement ses salariés pour qu'ils puissent s'acheter des voitures Ford. Mais après que le marché de l'emploi se soit mondialisé, c'est à dire que les entreprises aient cherché à minimiser leur masse salariale, c'est la robotisation et le numérique qui vont demain remplacer près d'un emploi sur deux. Cf. étude du think thank Bruegel publié par le Nouvel Observateur) :

Emplois_robotisation.JPG

Peut-être que d'ici 20 ans le Parti Socialiste aura assimilé tous ces bouleversements et qu'il proposera enfin des réformes financées par la consommation et non plus par le salariat, mais il se heurtera alors aux effets indésirables du consumérisme, à savoir que nous n'avons qu'une seule planète aux ressources finies et que nous la polluons sans penser aux générations futures.

C'est donc la consommation qui devient le problème prioritaire de la planète. Comment permettre à 7 milliards d'être humains de consommer les biens et les services essentiels sans obérer la capacité de la Terre à pourvoir les besoins des générations futures ? Nous le savons, si ces 7 milliards de personnes veulent vivre comme des américains, alors c'est de 4 planètes comme la Terre dont nous devrions disposer. En même temps, l'accès à l'éducation, aux soins, au logement, à l'eau potable et à une alimentation suffisante sont des minimums vitaux.

L'écologie politique tend à répondre à cette problématique, mais la classe politique y reste encore très imperméable. Dans son dernier livre De l’intérieur (Voyage au pays de la désillusion), Cécile Duflot y décrit par exemple un François Hollande totalement sourd à ces enjeux. Je la cite : « François Hollande n’a jamais été écologiste. L’écologie ne fait pas vraiment partie de son périmètre intellectuel. Les préoccupations des écosystèmes, de la biodiversité, du dérèglement climatique, lui sont étrangères. En productiviste classique, il est nourri par l’idée que seule la croissance vaut… Il est incapable de penser un modèle redistributif sans croissance… Quant à la loi de transition énergétique, elle stagne depuis des mois. François Hollande dit que c’est compliqué. Il dit toujours que « c’est compliqué »…François Hollande veut ménager tout le monde. Or, sur l’écologie, cela n’est pas possible. Sauf à ménager de fait toujours les mêmes lobbies, puissants, dont les intérêts sont précisément contraires à ceux de la défense de l’environnement…Je le ressens dès les premières semaines. Lors du premier Conseil des ministres d’août 2012, consacré au livret A, il est décidé de rebaptiser le livret développement durable en livret épargne industrie. Je proteste et obtiens gain de cause… »

J'ajoute qu'une société qui se focalise plus sur la consommation que sur le travail se fragilise. Plus nous automatiserons les tâches de production et de distribution, et plus nous ferons faire plusieurs fois le tour de la planète à nos biens de consommation, et plus nous prenons le risque d'être totalement démunis face à un aléa technologique ou naturel. Une coupure générale de l'électricité pendant plusieurs jours ou des avions et bateaux immobilisés pendant quelques semaines, et ce sont des millions de gens qui se retrouvent sans rien ! C'est le terme de résilience qui correspond à cette évocation de la capacité de nos sociétés à s'adapter à des changements aussi brusques que récessifs, mais c'est un mot qui n'appartient pas au vocabulaire de nos élites :=(

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