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31/07/2014

Cent ans plus tard, Jaurès incarne le courage qui fait tellement défaut en politique aujourd'hui

A l'instant de sa mort, Jean Jaurès était encore obnubilé par l'imminence de la guerre qui allait déchirer l’Europe ; un illuminé assassina Jean Jaurès ce soir du 31 juillet 1914 alors qu'il dinait avec ses amis et qu'il luttait avec ses armes d'intellectuel pour faire entendre raison aux austro-hongrois, aux russes, aux serbes et aux allemands. A la tribune de l'Assemblée nationale, dans les colonnes de son journal l'Humanité ou encore au travers des réseaux européens de l'Internationale socialiste, Jean Jaurès voulait que la paix soit déclarée entre les nations du vieux continent, parce qu'il savait bien que ce sont les ouvriers de toutes ces nations qui feraient bientôt de la chair à canon. Son fils Paul sera tué au combat dans l'Aisne en juin 1918 à 21 ans ; Jaurès est assassiné deux fois.

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Jean Jaurès aura milité toute sa vie pour l'égalité, pour la justice, pour le progrès social, pour la laïcité, bref pour tout ce qui fonde notre pacte républicain. Il y a un siècle, des hommes politiques comme Jean Jaurès se battaient pour leurs idéaux. De l'affaire Dreyfus à la loi de séparation de l’État et de l'église en passant par l'épisode boulangiste, ils sont nombreux à s'être affrontés brillamment : Georges Clemenceau, Anatole France, Léon Blum, Pierre Waldeck-Rousseau, Aristide Briand, Jules Ferry, etc.

C'est la vigueur de leurs combats politiques et la pugnacité de leurs prises de position ainsi que leur courage qui ont marqué cette partie de la IIIème République, et il est juste que leur nom perdure dans l'histoire au travers des bâtiments ou des lieux publics qui leur rendent hommage. Aujourd'hui, les hommes (ou les femmes) politiques ne ressemblent en rien à ces personnalités d'il y a un siècle. Ils n'ont plus d'idéal, ils gèrent les affaires courantes avec des airs toujours compassionnels et ils ne s'intéressent qu'à l'élection suivante. Et qui irait baptiser une école "Jacques Chirac", une bibliothèque "Lionel Jospin" ou une place "Nicolas Sarkozy" ? D'ailleurs, on leur préfère souvent "Coluche", "Yannick Noah" ou encore "Nelson Mandela" ... La dépouille de Jean Jaurès a été transférée au Panthéon en 1924, ce monument parisien où la patrie reconnaissante glorifie ses grands Hommes, et où le plus contemporain de ces panthéonisés est Jean Monnet (mort en 1979) ; mais quel autre contemporain mériterait cet honneur aujourd'hui ?

L'anniversaire de l'assassinat de Jean Jaurès permet de souligner comment le combat des idées a été abandonné par les intellectuels et par les politiques, au profit de l'émotion et de la démagogie. Et on ne vote même plus pour des idées, pour des valeurs, pour des principes ou pour des projets, on vote pour des personnalités sympathiques, enthousiasmantes, réconfortantes ou tout simplement "normales". Notre classe politique est la plus conformiste de toute l'histoire de France, elle puise ses propositions dans les cours de l'ENA ou dans l'expérience récente des pays occidentaux. Plus personne ne remet en cause le modèle économique dominant ou les comportements sociaux modernes, mais nos dirigeants citent le Canada, la Suède, l'Italie ou l'Allemagne pour promouvoir une réforme de l’État, un pacte avec le patronat ou une réforme du droit du travail.

Il y a un siècle, les journaux s'arrachaient pour y lire les arguments des Dreyfusards (Charles Péguy, Léon Blum, Émile Zola, ...) et des antidreyfusards (Charles Maurras, Paul Valéry, ...). Aujourd'hui, Bernard-Henri Lévy et Dieudonné se donnent en spectacle pour faire de l'audience et pour peser sur des gouvernants aux yeux rivés sur leurs courbes de popularité. Les polémiques sur le mariage pour tous, sur la réforme territoriale ou encore sur la dette publique sont-elles au niveau des débats d'il y a cent ans ? Et on le constate aussi dans le rayonnement de la France dans le monde. Oui, la France il y a cent ans était un empire colonial, mais les intellectuels français (philosophes, scientifiques, médecins, écrivains, peintres, ...) étaient connus sur tous les continents.

Mais qui se battrait pour une idée aujourd'hui ? Victor Hugo s'est battu pour la République (contre la monarchie), pour l'école gratuite, pour la laïcité ou encore contre la peine de mort. "Il n'y a rien de plus puissant qu'une idée dont le moment est venu" disait-il, mais faudrait-il encore que des idées nouvelles viennent dans le débat public.

22:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jean jaurès

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