Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

16/06/2014

Fuir les communicants pour se nourrir d'une information brute

Voilà une note qui peut sembler atypique, mais qui permet de comprendre pourquoi ce blog dans un monde où la communication éclipse l'information. L'information est une ressource, comme l'eau et l'air, et elle nous nourrit. Chacun peut prendre connaissance de l'information à son rythme, sur une étendue très variable de sources et pour des motifs aussi variés qu'apprendre, se divertir ou réfléchir.

La communication fait de la promotion, et elle nous atteint le plus souvent sous un angle biaisé. Quand un constructeur automobile sort un nouveau modèle, c'est une source d'informations. Mais vendre ce modèle passe par une communication qui adapte un message donné à une cible commerciale. Je prends cet exemple parce que les communicants ont souvent été des publicitaires, et puis leurs techniques ont atteint d'autres domaines. Le premier d'entre eux est la politique, et Jacques Séguéla en est l'archétype.

jacques-seguela.jpg

Le drame, c'est que la politique était jusqu'à la fin du 20ème siècle une affaire d'idéologies. Et même si des erreurs ont été commises, les citoyens savaient pourquoi ils allaient voter. Aujourd'hui, chacun sait que Manuel Valls a été nommé premier ministre parce que sa maîtrise des outils et des techniques de communication pouvait redorer la cote de popularité du Président Hollande.

Mais le réflexe de communiquer plutôt que d'informer est assez naturel, il vise à convaincre, à séduire et à promouvoir un point de vue. Quand un enfant présente son bulletin de notes à ses parents, il ne le donne pas pour qu'ils le lisent, il sait pointer les éléments les plus favorables du document tout en apportant des informations qui n'y figurent pas formellement.

Je digresse, mais c'est une illustration innocente de ce que nous préférons de plus en plus souvent consommer de la communication plutôt que de faire l'effort de chercher l'information. Les chaînes d'information en continu tablent sur ce format, elles distillent leurs messages aux publics du moment pour servir des intérêts très peu visibles (politiques, économiques, financiers, ...). Tout l'inverse d'un Médiapart !

Alors faut-il voir en son médecin, son banquier, son patron et même ses proches des manipulateurs d'une information souvent rébarbative ? Non, parce que tous ceux-là communiquent souvent de façon inconsciente, comme tout le monde, mais de temps en temps il faut savoir débrancher pour aller se perdre dans des musiques d'il y a trente ans, dévorer des livres qui informent, suivre son imagination devant une bonne toile ou simplement contempler ce qui nous entoure.

L'adage dit que la curiosité est un vilain défaut, je trouve au contraire que c'est un formidable moteur pour découvrir autre chose que ce qu'on veut nous imposer. Attention quand même à ne pas gratter trop fort, car on peut vite devenir un Julien Coupat et donner des boutons à toutes nos autorités ...

Commentaires

« La convivialité » d’Ivan Illich aux éditions du Seuil (1973).

Ivan Illich (1926-2002) est un précurseur incontournable de l’écologie politique et une figure importante de la critique de la société industrielle. De passage à Paris en 1973 pour promouvoir son livre La convivialité, Ivan Illich avait refusé de parler à la télé. Mais il avait accordé un entretien au mensuel la Gueule ouverte. Ceci peut faire une bonne introduction à son œuvre que nous faisons suivre d’un résumé du livre en pièce jointe.

« Le discours télévisé est inévitablement démagogique. Un homme parle sur le petit écran, des millions d’hommes et de femmes l’écoutent. Dans le meilleur des cas, la réaction maximum du public ne peut être que bip bip je suis d’accord ou bip bip je ne suis pas d’accord. Aucun véritable échange n’est possible, mais je suis heureux de soumettre mon travail à la critique des lecteurs de La gueule ouverte, tous profondément préoccupés de ne se laisser enfermer dans aucun carcan idéologique.

Je distingue deux sortes d’outils : ceux qui permettent à tout homme, plus ou moins quand il veut, de satisfaire les besoins qu’il éprouve, et ceux qui créent des besoins qu’eux seuls peuvent satisfaire. Le livre appartient à la première catégorie : qui veut lire le peut, n’importe où, quand il veut. L’automobile, par contre, crée un besoin (se déplacer rapidement) qu’elle seule peut satisfaire : elle appartient à la deuxième catégorie. De plus, pour l’utiliser, il faut une route, de l’essence, de l’argent, il faut une conquête de centaines de mètres d’espaces. Le besoin initial multiplie à l’infini les besoins secondaires. N’importe quel outil (y compris la médecine et l’école institutionnalisées) peut croître en efficacité jusqu’à franchir certains seuils au-delà desquels il détruit inévitablement toute possibilité de survie. Un outil peut croître jusqu’à priver les hommes d’une capacité naturelle. Dans ce cas il exerce un monopole naturel ; Los Angeles est construit autour de la voiture, ce qui rend impraticable la marche à pied.

Une société peut devenir si complexe que ses techniciens doivent passer plus de temps à étudier et se recycler qu’à exercer leur métier. J’appelle cela la surprogrammation. Enfin, plus on veut produire efficacement, plus il est nécessaire d’administrer de grands ensembles dans lesquels de moins en moins de personnes ont la possibilité de s’exprimer, de décider de la route à suivre. J’appelle cela polarisation par l’outil. Ainsi chaque outil, au-delà du seuil de tolérabilité, détruit le milieu physique par les pollutions, le milieu social par le monopole radical, le milieu psychologique par la surprogrammation et la polarisation par l’outil. Aujourd’hui l’homme est constamment modifié par son milieu alors qu’il devrait agir sur lui. L’outil industriel lui dénie ce pouvoir. A chacun de découvrir la puissance du renoncement, le véritable sens de la non-violence. » (La Gueule ouverte - numéro 9, juillet 1973).

Permalien vers un résumé du livre d’Illich :
http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=article&id=490:1973-la-convivialite-divan-illich&catid=67&Itemid=87

Écrit par : DUPONT Laurent | 18/06/2014

Petit bémol à mon avis : information n'est pas compréhension, et sans compréhension, pas d'action, sinon à jouer sur les réflexes, par l'émotion en particulier - le traitement expérientiel comme dit le marketing.

A moins bien sûr que cette information soit dans le domaine d'expertise de la personne ...

Il faut donc des personnes pour décrypter et conceptualiser, voir vulgariser, et donc merci à toi pour cet effort :-)

"[...]entrer dans la pensée d'un autre suppose un effort d'accommodation au cours duquel des éléments disparates sont envisagés séquentiellement sans que leur articulation soit visible, effort suivi d'une appropriation plus personnelle au cours de laquelle ces éléments sont mis en lien avec des connaissances acquises antérieurement."

jf jameau

Écrit par : jf rameau | 22/06/2014

Les commentaires sont fermés.