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14/06/2014

SNCF : l'Etat comme les syndicats sont des boutiquiers

Que veut l’État avec cette loi qu'il présente à l'Assemblée Nationale ce mardi 17 juin ? Réunir la SNCF et RFF dans une holding qui devra gérer l'énorme dette de ses deux filiales (33.7 Md€ pour RFF et 7,4 Md€ pour la SNCF). L'idée est d'avoir une gouvernance commune pour deux structures spécialisées : SNCF Réseau qui se substitue à RFF avec ses 50.000 cheminots et SNCF mobilité qui se substitue à l'actuelle SNCF avec ses 200 000 salariés.

Pour les syndicats, c'est l'acte II de la séparation entre les infrastructures et le roulant, l'acte I en 1997 n'étant lui aussi guidé à l'époque que par une vision comptable : faire disparaître la dette de la SNCF de l'endettement total de l’État. Les syndicats restent par ailleurs opposés à l'ouverture à la concurrence du réseau ferré, et ils militent au contraire pour un retour à avant 1997, avec une unique compagnie publique pour gérer le réseau, les gares, le matériel roulant et la clientèle.

L'accident de Brétigny-sur-Orge en juillet 2013 (7 morts et de nombreux blessés) est accablant pour l’État, la SNCF ayant en charge l'entretien des voies qui sont propriétés de RFF. Le cas des nouveaux TER dont la largeur est incompatible avec l'écartement des quais (plus d'un millier de quais seront à raboter) est encore une illustration d'une gouvernance déplorable entre la SNCF et RFF. Un seul motif pour tous ces points noirs, les rôles respectifs de RFF et de la SNCF n'ont jamais fait l'objet d'une stratégie de long terme, et seules les questions financières guident les orientations de l’État.

Je reste sur cette question un militant de la séparation très nette entre une structure publique responsable de l'infrastructure de transport ferroviaire d'un côté et des sociétés de transport ferroviaire de l'autre. Il faut sanctuariser RFF dans son statut de "gardien des rails", avec des moyens à la hauteur des enjeux liés aux modes de déplacement alternatifs à l'automobile et aux camions, et ouvrir la circulation ferroviaire à la concurrence. Et cela passe par une privatisation progressive de la SNCF, comme pour Air France en 2003. Une structure publique de gestion de réseau et des opérateurs privés empruntant ce réseau, nous connaissons cela avec RTE, avec la DGAC, avec les VNF, etc.

Entretenir et développer un réseau ferré répond à des logiques d'intérêt public, mais aussi à des intérêts privés ; mais les premiers doivent rester prioritaires sur les seconds ! Et c'est aussi un rendez-vous important pour l'Europe qui demande aux pays membres d'ouvrir leurs réseaux ferrés aux compagnies de transport européennes, pour le fret comme pour les voyageurs. Une structure publique à l'échelle européenne pour gérer le réseau ferré serait l'idéal, autant pour rapprocher les européens que pour lutter contre le réchauffement climatique.

HSL_map_Europe.JPG

La carte ci-dessus dessine le réseau à grande vitesse européen, qui permet de relier un demi-milliard d'européens, mais il ne faut surtout pas oublier le réseau secondaire national. Et avant tout en zone rurale où les transports accentuent plus encore les fragilités sociales et économiques.

Commentaires

De quoi se nourrit la grève des cheminots ? Du même malaise qui place le FN en tête des suffrages ...

Nos élites politiques parlent de "responsabilité", de "rigueur", de "respect de nos partenaires européens", de "justice sociale", de "compétitivité", etc. Bref, il faut être un Sisyphe heureux, poussant chaque jour la même pierre capitaliste qui chaque jour voit grandir les fractures sociales.

Les cheminots craignent pour leur statut, ils craignent d'être livrés au marché. Les exemples ne manquent pas à la SNCM, chez France Télécom, chez Renault, ... où d'anciens salariés protégés par leur statut ont été lâchés par l’État. Et plutôt que de tirer le plus grand nombre vers le haut, les élites politiques laissent le tissu social se déliter.

Que François Hollande appelle à ce que cesse une grève ou que Manuel Valls ne comprenne pas le pourquoi de cette grève, c'est révélateur de leur aveuglement. Ils sont comme les somnambules d'Edgar Morin, ils veulent se rendormir ...

Écrit par : Laurent Dupont | 17/06/2014

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