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31/05/2014

L'urgence sociale et environnementale, parlons-en dans nos communes plutôt que de se laisser hypnotiser par Mme Le Pen

La semaine qui vient de s'écouler à été riche en réactions et en analyses suite au scrutin européen de dimanche dernier, mais il faut échapper aux chroniques racoleuses, aux éditoriaux réchauffés et aux fils d'info en continue pour aller chercher des réflexions plus sérieuses. On s'en fiche que Marine Le Pen veuille faire un groupe au Parlement européen et on s'en fiche que Monsieur 3% ne soit plus locataire de l'Elysée en 2017, car autant ceux qui se sont abstenus le 25 mai que ceux qui ont voté pour le FN attendent d'autres réponses à leurs questions.

Personnellement, j'ai été intéressé par quatre réactions cette semaine, et je souhaitais en partager ici l'analyse.

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L'alliance ou le fascisme (Hervé Kempf)

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Désintégration (Enzo Poultreniez)

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Le parti invisible (Noël Mamère)

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Rien ne serait pire que le déni (Libération)

Je commence par la dernière, celle des trois parlementaires écologistes qui signent une tribune dans Libération, et dans laquelle ils s'enlisent malheureusement dans la recherche d'une union de la gauche totalement anachronique. Ils essaient, avec l'espoir du condamné, de rassembler des forces qui vont du Front de gauche aux centristes, mais cela reste encore et toujours avec la grille de lecture d'une classe politique qui n'écoute pas les français.

Noël Mamère remet lui l'écologie au coeur du débat politique, évoquant le "mieux vivre" qui se substitue à la "croissance", l'écologie politique prenant le pas sur une social-démocratie moribonde et il milite pour une refondation de la gauche autour de l'écologisme, sur les ruines du productivisme. Je suis en accord avec Noël Mamère pour que se tiennent des assises ou des Etats généraux de toute l'écologie. Hervé Kempf dans Reporterre est sur le même registre : la fin du Parti socialiste et l'échec d'Europe Ecologie à incarner le renouveau de la gauche, mais il tire le signal d'alarme en appelant les forces politiques conscientes de l'urgence écologique et sociale à s'unir. Sinon, le parti de Marine Le Pen continuera de progresser comme la fièvre augmente tant qu'on ne soigne pas la maladie.

Mais c'est dans la note qu'il publie sur son blog qu'un militant d'EELV apporte une explication plus sociologique. Enzo Poultrienez aborde la fracture territoriale, les métropoles en locomotives économiques et sociales d'une part, les espaces ruraux d'autre part qui sont abandonnés autant par les pouvoirs publics que par les investisseurs privés. C'est le témoignage qu'en a fait le député Jean Lasalle pendant sa longue marche à travers la France, mais aussi des chercheurs de différents domaines (sociologie, géographie, aménagement du territoire, économie, ...). C'est la France des fragilités sociales qu'un excellent reportage de France 3 décrivait fin octobre 2013, La France en face : la carte des fragilités sociales de Jean-Robert Viallet, réalisé à partir des études des géographes Christophe Guilluy et Christophe Noyé. La réforme territoriale à venir risque de renforcer cette fracture si les territoires ruraux ne bénéficient pas d'une attention toute particulière. La classe politique est aussi en cause ; par le passé, nombre de personnalités politiques étaient originaires de ces zones rurales, et elles ne négligeaient jamais de nourrir ce lien entre la ville et la campagne. Dans l'Hérault, des personnalités comme Georges Frêche et André Vézinhet ont toujours tenu compte de la ruralité dans le développement économique de territoires plus larges. Désormais, les apparatchiks des partis politiques poussent en ville et ils ne vivent que pour ces zones urbaines si superficielles.

Un chercheur de l'Université de Montpellier-1, Jean-Yves Dormagen, a publié cette semaine dans Libération un article sur la dépression qui touche le système politique issu de la Vème République. Notre monarchie républicaine polarisée sur l'élection présidentielle doit disparaître au profit d'un système plus respectueux des courants de pensée et plus représentatif des citoyens français.

Ces lectures nous éloignent du tropisme Front National pour aborder les symptômes réels, et je retiens surtout que les mouvements politiques doivent investir les espaces les moins favorables pour entendre et répondre aux attentes des citoyens des zones rurales comme des quartiers populaires en périphérie des grandes métropoles. Et je suis persuadé que les enjeux environnementaux et sociaux sont des axes autour desquels les débats peuvent naître sur le terrain. Si le parti de Marine Le Pen exacerbe les ressentiments sur des thèmes souvent éloignés des soucis du quotidien des français (cf. les 30% obtenus en Coeur d'Hérault le 25 mai), il est un attrape-tout qui ne solutionne rien. Il est par contre un excellent thermomètre, et il nous revient de faire tomber la fièvre.

28/05/2014

Elections sénatoriales de septembre (Hérault) : quelles stratégies pour quels objectifs ?

C'est le 28 septembre 2014 qu'un peu plus de 2000 grands électeurs seront convoqués pour élire les quatre sénateurs de l'Hérault ; ces grands électeurs sont les élus municipaux, départementaux, régionaux ainsi que les parlementaires du département. A noter que pour les communes, le nombre de délégués dépend du nombre de conseillers municipaux ; il y en a parfois moins que de conseillers municipaux, et parfois comme à Montpellier il faut désigner des délégués au delà du Conseil municipal.

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Le corps électoral du Sénat est divisé en deux séries, et c'est la série n°2 qui est appelée à voter en septembre prochain ; ce sont les départements dont les numéros sont compris entre 01 (Ain) et 36 (Indres), et entre 67 (Bas-Rhin) et 90 (Territoire de Belfort), hors Ile-de-France.

Dans l'Hérault, l'élection des sénateurs se fait au scrutin proportionnel plurinominal à la plus forte moyenne (cf. élection de 2008). Jusqu'à présent, c'est une élection qui se jouait entre partis politiques, et avec des joutes internes souvent pathétiques.

Mais les élections municipales sont passées par là et de nouvelles équipes "hors parti" ont été élues. L'exemple le plus remarquable est celui de Montpellier, mais cela vaut aussi dans nombre de communes de l'Hérault où les élus sont très éloignés des consignes des partis politiques. Et des candidats se dévoilent aussi en dehors des processus internes aux partis politiques. Le maire de Montpellier pousse ainsi son adjoint Max Lévita à se présenter. Le Président des maires de l'Hérault, le socialiste Christian Bilhac sort du bois lui aussi. Un bloc de 400 grands électeurs (sur un peu plus de 2000) permettrait ainsi à quelques personnalités de se faire élire au Palais du Luxembourg, chacun revisite donc son carnet d'adresses.

Le Front national ne devrait pas profiter de ses récents succès électoraux, car il est encore loin de réunir 400 délégués des communes ; il pèsera par contre dans l'électorat des candidats UMP.

Ces perspectives locales ne peuvent néanmoins occulter l'enjeu national, car la gauche ne détient la majorité au Sénat qu'à très peu de sièges (moins d'une dizaine). Aujourd'hui, l'Hérault compte deux sénateurs de droite (UMP) et deux sénateurs de gauche (PS et divers gauche), alors comment les partis politiques aborderont-ils ce scrutin ? S'il est considéré que le Sénat est perdu pour la gauche, alors chacun ira défendre ses couleurs. Et s'il reste une possibilité de conserver une courte majorité, se posera alors la question du mandat des sénateurs de gauche, avec le poids des grands électeurs indépendants qui prennent déjà leurs distances avec le Président de la République (cf. Ph. Saurel). La réforme territoriale qui est dans les cartons de l'Elysée prendra une place importante dans les choix des grands électeurs, certaines dispositions peuvent nécessiter la convocation du Congrès (députés + sénateurs) ...

Il est simplement dommage que cette élection se prépare puis se déroule dans la plus grande discrétion. Les communes devront prochainement désigner leurs délégués, et ça mériterait un minimum d'information au sein des conseils municipaux comme à l'extérieur.

27/05/2014

Les français s'adressent à l'Europe

Ce dimanche 25 mai, les 58 411 électeurs du Coeur d'Hérault devaient désigner dix députés européens. Dans les bureaux de vote des 77 communes du territoire de ce Coeur d'Hérault, seulement 27 943 électeurs ont fait le déplacement et autour d'un millier d'électeurs ont déposé un bulletin blanc ou nul. Au final, ce sont 46% des électeurs qui ont voté pour l'une des 25 listes de notre circonscription.

A l'issue du dépouillement sur le Coeur d'Hérault, le candidat Front National Louis Aliot obtient 30% des suffrages exprimés, devant l'écologiste José Bové avec 16%, Michèle Alliot-Marie pour l'UMP avec 14,22%, la radicale de gauche Virginie Rozière avec 12,12%, Jean-Luc Mélenchon pour le Front de gauche avec 9,76% ou encore le centriste (UDI/Modem) Robert Rochefort avec 6% des suffrages.

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Quel sens donner à ce vote, ici sur ce territoire rural ? Déjà que nos concitoyens sont déçus par l'Europe telle qu'elle mise en oeuvre par les chefs d'Etats et de gouvernements qui siègent au Conseil européen. La construction européenne a débuté avec des coopérations sur le charbon et l'acier, s'est poursuivie avec de beaux projets industriels dans l'aéronautique ainsi qu'avec une politique agricole commune qui a permis aux exploitations agricoles de se développer pour garantir l'indépendance alimentaire de l'Europe. Mais tout ça, c'était avant ... Le marché économique est devenu le seul enjeu de développement de l'Europe, avec de plus en plus de pays membres qui constituent d'autant plus de consommateurs ... On y ajoute l'Euro pour que les consommateurs et les marchandises s'affranchissent des frontières, et il ne reste plus du projet européen qu'un grand marché. L'Europe sociale, l'Europe fiscale, l'Europe de la transition énergétique, l'Europe de la défense, ... alimentent toujours les discours politiques, mais ce ne sont que des promesses.

Mais le drame serait que le Président de la République reste sourd à ce message, message sur lequel il pourrait justement s'appuyer dans ses discussions avec ses 27 collègues du Conseil. Au Royaume-Uni comme en Italie, et dans d'autres pays membres, les citoyens ont envoyés un même message de rejet de cette Europe-là. Alors soit on fait machine arrière comme le souhaite Marine Le Pen, soit on décide avec quelques pays volontaires de nous engager dans plus d'Europe. Mais on ne peut pas rester au milieu du gué !