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27/04/2014

Valls et Hollande abdiquent sur le terrain des valeurs

Je critiquais récemment dans une note la participation ostentatoire du Président de la République au traditionnel dîner du CRIF, rituel institué depuis 2008 par le Président Sarkozy. Le gouvernement a dévoilé ces derniers jours son plan anti-djihad, afin de dissuader des citoyens français d'aller sur des terrains de guerres islamistes, mais aussi pour les sanctionner à leur retour pour risque terroriste. Et ce week-end, c'est le Premier ministre qui représente la France place Saint-Pierre à Rome pour les canonisations de deux papes. La communication à la tête de l'Etat semble focalisée sur les faits religieux, donnant ainsi aux cultes une place étonnante dans notre République laïque.

Valls_a_Rome.JPG

Au début du 20ème siècle, ce sont les valeurs de la République qui galvanisaient les mobilisations, depuis le coeur des institutions jusqu'aux citoyens. C'est l'école qui a été le principal vecteur de cet élan républicain, mais la loi de 1905 a aussi fortement marqué cette époque très riche en mouvements sociaux. La guerre civile espagnole entre 1936 et 1939, opposant les républicains loyalistes aux nationalistes de Franco, voit par exemple se constituer des Brigades internationales, avec des milliers de volontaires venant de dizaines de pays.

Aujourd'hui, et à la veille du scrutin du 25 mai, c'est l'Europe qui devrait susciter des initiatives et des discours mobilisateurs autour des valeurs de liberté, d'égalité, de démocratie, de respect de la dignité humaine, des droits de l'homme ou encore de l'Etat de droit. François Hollande et Manuel Valls devraient remettre sans cesse sur le métier leur ouvrage de promotion des valeurs de l'Europe. Car l'Europe, c'est un projet et un processus qui rassemble un demi-million d'habitants de 28 nations !

Alors pourquoi les hommes qui sont à la tête de notre Etat préfèrent-ils que les projecteurs se braquent sur les religions ? Les religions ont toute leur place dans notre République laïque, et l'Etat doit aider les citoyens à pratiquer leur culte, mais sans pour autant faire plus de place aux religions qu'aux valeurs de la République et de l'Europe. Mais peut-être n'y croient-ils plus eux-mêmes ? Leur attention est en effet plus attirée vers la mondialisation, la croissance économique, le capitalisme financier et tous ces dogmes de l'argent roi.

C'est l'une des leçons des dernières municipales, les citoyens ayant rejeté les incantations médiatiques et les discours politiques superficiels pour réclamer plus de proximité citoyenne et plus d'éthique. Il faut souhaiter que cette aspiration démocratique se poursuive à l'occasion des scrutins à venir et qu'elle permette enfin de renverser cette aristocratie politique constituée d'énarques et de barons locaux.

23/04/2014

Un espace de libre-échange transatlantique contre la démocratie ? Non !

Mais quelle est donc la position du Président de la République française sur le traité de libre-échange transatlantique ? L'homme qui était aujourd'hui à Carmaux pour un hommage à Jean Jaurès, assassiné le 31 juillet 1914, souhaitait peut-être se redonner un visage d'homme de gauche. Mais dans son discours, j'ai retenu les propos suivants (à partir de 17'24 sur la vidéo de l'Elysée) " ... alors à ceux-là, je réponds tout simplement, nous avons été élus, j'ai été élu pour redresser la France, pour la hisser au plus haut niveau de la compétition économique mondiale, pour la rendre plus forte, plus créatrice d'emplois, plus solidaire, plus juste, voilà ma mission, voilà notre ambition, c'est difficile mais si cela n'avait pas été difficile nous ne serions pas là pour diriger les affaires du pays ...".

Sur ce traité, François Hollande déclarait à Washington en février dernier aux côtés de son alter ego US que "les Etats-Unis et l'Union européenne ont tout intérêt à aller vite pour le conclure, sous peine de voir les crispations et les peurs prendre le dessus". Mais combien de fois le Président Hollande ou ses ministres ont-ils pris le temps d'expliquer aux français les enjeux de ce traité ? Jamais cette négociation entamée par la Commission européenne en juillet 2013 n'est évoquée dans les discours ou dans les interviews. Eh non, la discrétion est de mise !

Alors de quoi s'agit-il réellement ?

Grand-Marche-Transatlantique_Illustration.jpg

Les Etats-Unis et la Commission européenne font le constat que le commerce entre les deux rives de l'atlantique est entravé par trop de normes, trop de freins, trop de règles et trop d'aléas démocratiques. Tout cela n'est pas bon pour le business ! Or, le business c'est de la croissance du PIB, et la croissance du PIB c'est l'espoir de voir le chômage reculer. CQFD ! Et notre François national qui cherche désespérément des remèdes à la crise économique qui assombrit l'horizon de la France ne fera pas le difficile. Allez, top là Barack !

Mais l'élection du Parlement européen qui aura lieu le 25 mai tombe mal, car c'est un moment dont vont profiter les formations politiques hostiles à ce traité pour le mettre sur la table. Et le mandat de la Commission européenne qui a jusqu'en octobre 2014 pour aboutir à un accord risque d'être un peu court ... les citoyens de l'Europe vont mettre des faits derrière un acronyme, TAFTA ou TTIP, et dire Non à ce hold-up démocratique.

Réduire les freins au commerce transatlantique, cela aura un premier impact sur notre alimentation, et c'est un domaine où les français sont plutôt pointilleux. Or, les géants d'industrie agro-alimentaire US ont déjà annoncé qu'il n'y aurait pas de traité si par exemple les réglementations contre les OGM n'étaient pas assouplies. L'Europe interdit aujourd'hui que l'on désinfecte les poulets avec du chlore, mais uniquement avec de l'eau, or la chaîne de restauration rapide KFC (Kentucky Fried Chicken) pèse de tout son poids pour infléchir cette réglementation. Idem pour l'interdiction européenne des béta-agonistes comme le chlorhydrate de ractopamine. La ractopamine est un médicament utilisé pour gonfler la teneur en viande maigre chez les porcs et les bovins, et la filière porcine américaine estime que l'interdiction européenne constitue une distorsion à la libre concurrence.

L'exemplarité européenne en matière de réduction des émissions de CO2 est aussi visée, car les représentants des transporteurs aériens américains refusent de payer pour les émissions de leurs avions qui entrent dans le cadre système d'échange de quotas d'émission de CO2.

Mais si l'Europe signe ce traité en pensant avoir écarté les risques sur les secteurs de la culture ou de l'alimentation, elle négligerait le fameux droit des investisseurs privés à poursuivre les Etats ou les institutions publiques pour les préjudices financiers que des lois ou des directives leurs causeraient. Et là les exemples se multiplient sans cesse. Un Etat qui prend des mesures pour lutter contre le tabagisme, et les industriels du tabac réclament des compensations financières (cf. Philipp Morris contre l'Uruguay et l'Australie). Mais les entreprises européennes ne sont pas en reste : compensations financières réclamées contre l'Egypte qui augmente le salaire minimum ou encore contre le Pérou qui limite les émissions toxiques. Le fournisseur d'électricité suédois Vattenfall réclame plusieurs milliards d'euros à l'Allemagne pour son plan de sortie du nucléaire civil.

Et ces litiges entre groupes industriels internationaux et Etats ne se jugent pas devant les tribunaux de l'Etat attaqué, non, cela se passe devant des tribunaux arbitraux internationaux comme le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) à Washington. Et on se souvient comment un tribunal arbitral a rendu un jugement si favorable à Bernard Tapie, au détriment de tous les contribuables français.

Les gains attendus sont dérisoires, de l'ordre du +0,01% à +0,05% de PIB par an. Et rien ne vaut que les citoyens abandonnent leur souveraineté démocratique à quelques intérêts financiers, car nous savons que les profits iront toujours dans les mêmes poches.

Il ne manque pas d'information sur ce traité, et il faut réellement que les citoyens en mesurent l'enjeu. Ci-après quelques publications à consulter :

logo_Sud_Ouest.JPG   TAFTA : pourquoi ce traité est-il en train de mettre le feu à l'Europe ?
Logo_le_Monde.JPG   Il pourrait changer la face de l'Europe : le traité transatlantique décodé
Europe_Ecologie_2014.JPG   Le traité de libre-échange transatlantique : la fin du projet européen ?

Les journaux, les magazines et de très nombreux sites Web informent sur ce traité. Il faut aussi interpeller les candidats aux européennes lors de leurs réunions publiques, car ils doivent prendre une position claire et nette sur ce traité.

Et le 25 mai 2014, disons non à ce traité et appelons à une autre Europe des citoyens !

22/04/2014

L'effet de causalité entre la consommation d'énergie et la croissance économique est prouvée, et elle n'est pas négligeable !

Gaël Giraud est directeur de recherche au CNRS, et avec son collègue Zeynep Kahraman ils ont démontré que l'énergie est un facteur de croissance économique essentiel, bien plus que le capital. Ci-après la formule qui fonde cette démonstration :

Formule_Giraud.JPG

L'évolution de la consommation d'énergie (NRJ) intervient à hauteur de 67% dans l'évolution du PIB (GDP en anglais). De même, l'évolution de l'efficacité énergétique (EFF) intervient pour 60% alors que celle du capital (K) n'intervient que pour 12% ! Ce modèle mathématique a été validé sur une quinzaine de pays de l'OCDE pour une période allant de 1970 à aujourd'hui.

Je vous invite à lire l'article de Mathieu Auzanneau sur son blog du journal Le Monde où il nous fait partager les découvertes de Gaël Giraud, mais aussi à regarder la vidéo YouTube d'une conférence que celui-ci a donné lors des ateliers du Shift le 6 mars 2014. A consommer (documents et vidéos) sans modération !

L'orthodoxie économiste relègue l'énergie au rang des facteurs annexes pour la mesure et pour l'anticipation du développement économique, lui préférant largement les facteurs "coût de production", "coût du travail", "flexibilité du marché du travail", etc. Or, les révolutions industrielles qui ont dynamisées le développement économique ont à chaque fois pour origine une transition énergétique : l'humanité est passée de la traction animale à la machine à vapeur, puis au charbon avant d'exploiter d'autres énergies fossiles que sont le pétrole et le gaz. La consommation d'énergie primaire n'a cessé de croître, et la richesse économique aussi.

Et c'est là le tournant de notre époque, car nous ne pouvons plus augmenter notre consommation d'énergies fossiles pour alimenter la croissance de la consommation et donc de l'économie. D'une part il n'y a plus suffisamment d'énergie fossile pour l'ensemble de la planète, et d'autre part les sources d'énergie fossile émettent des gaz à effet de serre qui accélèrent le réchauffement climatique. Nous sommes donc contraints à une nouvelle transition énergétique !

J'ajoute aussi que la croissance du PIB n'est pas l'indicateur adéquat pour mesurer l'évolution d'une société, et je lui préfère largement des indicateurs de développement humain (santé, logement, éducation, travail, solidarité, ...).

Le drame pour les écologistes est de devoir patauger dans cet océan de niaiseries politiques où les pactes de responsabilité et autres gains de productivité rivalisent de vacuité intellectuelle avec les analyses des organismes financiers mondiaux (FMI, agences de notation, banques centrales, ...). Au lieu d'avoir le courage politique de changer de paradigme, de donner le top départ pour une transition radicale de nos modèles énergétiques, technologiques et économiques, nos dirigeants envisagent l'avenir avec les modèles du passé ... Alors que la science admet qu'un modèle puisse en supplanter un autre, comme la physique quantique a expliqué des phénomènes que la mécanique newtonienne ne savait représenter, l'homo sapiens du 21ème siècle en est incapable. Essentiellement par fainéantise intellectuelle, mais aussi par conservatisme de classe. Une transition sociale sera donc nécessaire pour permettre aux autres transitions de survenir ...