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22/04/2014

L'effet de causalité entre la consommation d'énergie et la croissance économique est prouvée, et elle n'est pas négligeable !

Gaël Giraud est directeur de recherche au CNRS, et avec son collègue Zeynep Kahraman ils ont démontré que l'énergie est un facteur de croissance économique essentiel, bien plus que le capital. Ci-après la formule qui fonde cette démonstration :

Formule_Giraud.JPG

L'évolution de la consommation d'énergie (NRJ) intervient à hauteur de 67% dans l'évolution du PIB (GDP en anglais). De même, l'évolution de l'efficacité énergétique (EFF) intervient pour 60% alors que celle du capital (K) n'intervient que pour 12% ! Ce modèle mathématique a été validé sur une quinzaine de pays de l'OCDE pour une période allant de 1970 à aujourd'hui.

Je vous invite à lire l'article de Mathieu Auzanneau sur son blog du journal Le Monde où il nous fait partager les découvertes de Gaël Giraud, mais aussi à regarder la vidéo YouTube d'une conférence que celui-ci a donné lors des ateliers du Shift le 6 mars 2014. A consommer (documents et vidéos) sans modération !

L'orthodoxie économiste relègue l'énergie au rang des facteurs annexes pour la mesure et pour l'anticipation du développement économique, lui préférant largement les facteurs "coût de production", "coût du travail", "flexibilité du marché du travail", etc. Or, les révolutions industrielles qui ont dynamisées le développement économique ont à chaque fois pour origine une transition énergétique : l'humanité est passée de la traction animale à la machine à vapeur, puis au charbon avant d'exploiter d'autres énergies fossiles que sont le pétrole et le gaz. La consommation d'énergie primaire n'a cessé de croître, et la richesse économique aussi.

Et c'est là le tournant de notre époque, car nous ne pouvons plus augmenter notre consommation d'énergies fossiles pour alimenter la croissance de la consommation et donc de l'économie. D'une part il n'y a plus suffisamment d'énergie fossile pour l'ensemble de la planète, et d'autre part les sources d'énergie fossile émettent des gaz à effet de serre qui accélèrent le réchauffement climatique. Nous sommes donc contraints à une nouvelle transition énergétique !

J'ajoute aussi que la croissance du PIB n'est pas l'indicateur adéquat pour mesurer l'évolution d'une société, et je lui préfère largement des indicateurs de développement humain (santé, logement, éducation, travail, solidarité, ...).

Le drame pour les écologistes est de devoir patauger dans cet océan de niaiseries politiques où les pactes de responsabilité et autres gains de productivité rivalisent de vacuité intellectuelle avec les analyses des organismes financiers mondiaux (FMI, agences de notation, banques centrales, ...). Au lieu d'avoir le courage politique de changer de paradigme, de donner le top départ pour une transition radicale de nos modèles énergétiques, technologiques et économiques, nos dirigeants envisagent l'avenir avec les modèles du passé ... Alors que la science admet qu'un modèle puisse en supplanter un autre, comme la physique quantique a expliqué des phénomènes que la mécanique newtonienne ne savait représenter, l'homo sapiens du 21ème siècle en est incapable. Essentiellement par fainéantise intellectuelle, mais aussi par conservatisme de classe. Une transition sociale sera donc nécessaire pour permettre aux autres transitions de survenir ...

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