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13/03/2014

La communauté de communes, un levier pour le réseau des 21 communes du Clermontais

Je l'ai écrit à maintes reprises ici sur mon blog, et je l'ai dit aussi en assemblée communautaire, les compétences communautaires sont de plus en plus prégnantes dans le quotidien de nos communes (crèches, accueil scolaire, collecte et traitement des déchets, offices de tourisme, piscines, zones d'activité économique, gens du voyage, violences conjugales, jeunesse, aide à la pierre, gestion des berges de cours d'eau, théâtre, bibliothèques, ...). Mais aujourd'hui, le Clermontais s'est excessivement recentré sur Clermont l'Hérault ; c'est à la fois une réalité que chacun peut constater, mais c'est aussi une volonté politique affichée par le maire de Clermont l'Hérault qui a souvent utilisé l'image de la locomotive pour illustrer la place de sa commune dans le développement du territoire intercommunal.

Mais cela conduit à une dérive jacobine où Clermont l'Hérault devient le centre de gravité de la communauté ; tous ses équipements ont une vocation intercommunale, depuis la ZAE de la Salamane jusqu'au théâtre et en passant par le centre aquatique. Seul problème, et il n'est pas mineur, ces équipements socio-économiques ne sont pas la porte à côté quand on habite à Octon, à Usclas d'Hérault ou à Fontès.

Je milite bien au contraire pour un renforcement du maillage intercommunal, tel un réseau dont les noeuds sont les communes et les arcs sont les services et les liaisons qu'il faut dynamiser dans l'intérêt général. C'est le principe qui a prévalu dans la prise de quelques compétences : faire vivre un réseau d'offices et d'antennes du tourisme, faire vivre un réseau de structures d'accueil associées aux écoles, faire vivre un réseau de bibliothèques ou encore irriguer le territoire par la programmation théâtrale. Mais c'est à chaque fois un service installé à Clermont l'Hérault qui pilote ces politiques depuis la ville centre. Cela ôte une partie de la capacité d'initiative locale, et ça met de la distance entre les attentes locales et les décisions du centre. Non, il faut répartir les lieux opérationnels sur l'ensemble du territoire.

Clermontais_carte.JPG

En même temps, cette focalisation extrême sur les compétences a éloigné le questionnement sur l'avenir du territoire. Avec 21 communes qui comptent 25.000 habitants vivant sur une économie présentielle mais avec plus de 15% de chômeurs, il est ahurissant que pendant 6 ans la communauté n'ait jamais réfléchi à un projet de territoire. Quelles filières économiques promouvoir sur le Clermontais pour créer de l'emploi local ? Quels besoins sociaux satisfaire en priorité ? Car il est faux de croire que ces questions ne relèvent que de la compétence du Département, de la Région ou de l'Etat ! La communauté peut décider de favoriser le développement agricole, l'artisanat, le tourisme ou toute autre filière qui profite de nos atouts (climat, positionnement géographique, infrastructures, ...) et qui ait des retombées à court terme pour nos populations. Et sur le logement comme sur les transports, la communauté peut aussi favoriser nos concitoyens.

Il faut avoir une vraie volonté politique, il faut lui donner des moyens et il faut nous en faire les VRP. Et pour cela, la Salamane est un contre-exemple évident. Système U s'est installé à la Salamane, mais son directeur indiquait dans la presse locale à l'ouverture de sa plateforme qu'il avait du recourir à du personnel issu de la centrale de Vendargues, car les personnes actives du Clermontais n'avait pas la culture de la logistique ! C'était en 2012 et le projet sortait des cartons en 2009, cela donnait 3 ans à Système U comme aux acteurs politiques locaux pour former des demandeurs d'emploi. Autre exemple, l'installation de la SOCAH sur la Salamane ; cette société spécialisée dans les pneumatiques s'est juste délocalisée de quelques centaines de mètres en franchissant l'A75. Dernier exemple, l'arrivée annoncée par Alain Cazorla d'une entreprise de taille de pierre ; des pierres de plusieurs dizaines de tonnes venant du Brésil. Mais les 30, les 60 et les 100 personnes qui seront émbauchées pour tailler ces pierres doivent avoir des qualifications et une expérience qui ne se trouve pas sur le marché de l'emploi local. Et le Président Cazorla se félicitait lors du dernier Conseil Communautaire d'accueillir des dizaines de salariés qui allaient payer de la fiscalité locale et consommer à Clermont l'Hérault ...  On ne peut pas se contenter d'une attitude opportuniste, inefficace sur le plan social et qui se résume à des indicateurs fiscaux. Il faut au contraire une attitude volontariste pour orienter des centaines de personnes à la recherche d'un emploi vers des entreprises de filières à promouvoir sur notre territoire.

Enfin, la situation budgétaire des communes ne doit pas devenir le prétexte à transférer vers la communauté les politiques publiques onéreuses ; il faut mutualiser ! Un exemple, les groupements de commande publique. Plutôt que de laisser chaque commune passer un marché public pour choisir un fournisseur, le code des marchés publics permet à un groupement d'acheteurs publics de publier un même marché public, de choisir le même titulaire, mais ensuite chacun gère ses commandes en toute autonomie. Cela permet à chacun des acheteurs du groupement de bénéficier des effets d'échelle sur les prix, mais aussi de garanties contractuelles plus avantageuses. Et toutes les communes du Clermontais commande du petit matériel, des matériaux pour la voirie ou pour les bâtiments, des panneaux de signalisation, de l'assistance technique sur leur réseau d'eau et d'assainissement, etc. Ainsi, plutôt que d'inciter à ce que tout se décide à Clermont l'Hérault, la communauté peut donner les moyens à chaque commune de fonctionner plus efficacement, de dégager de l'autofinancement pour leurs investissements.

Voilà la communauté de communes à laquelle j'aspire pour le prochain mandat : une communauté qui dynamise un réseau de communes en délocalisant ses services, une communauté qui fasse des choix socio-économiques favorables au développement de notre territoire, et une communauté qui facilite la mutualisation avec les services municipaux.

Mais je n'oublie pas l'échelle du Pays qui constitue un bassin économique, culturel et paysager dont il faut consolider les structures administratives. La nouvelle loi sur la modernisation de l'action publique territoriale voit naître les "pôles d'équilibre territorial et rural", pour que les futures métropoles ne deviennent pas demain les uniques territoires de développement ; le Pays Coeur d'Hérault a donc vocation à devenir un PETR, et il faut positionner avec volontarisme le Coeur d'Hérault à côté de la future métropole de Montpellier, mais aussi des agglomérations de Béziers et d'Hérault Méditerranée. Ce pôle d'équilibre territorial fournira aussi des outils de mutualisation entre ses EPCI membres, et je demanderai par exemple à ce que le transfert des services intercommunaux de collecte des déchets ménagers vers le Syndicat Centre Hérault soit mis sur la table.

Je souhaite que mes engagements pour l'avenir de l'intercommunalité en Coeur d'Hérault et sur le Clermontais fassent débat ; j'aimerai que la campagne des municipales prenne un peu de temps pour évoquer l'intercommunalité, car l'intercommunalité pèsera de plus en plus dans notre quotidien. Il me faudra attendre encore une semaine ou deux pour savoir si je siègerai de nouveau dans l'assemblée communautaire du Clermontais, mais si c'est le cas alors je présenterai ma candidature à la tête de l'exécutif intercommunal pour mettre en oeuvre ces propositions.

23:41 Publié dans CCC | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Peut-être avez vous lu l'article de Christine Guillaume ce vendredi dans l'Hérault du Jour, mais le maire Alain Cazorla dit exactement l'inverse de vous. Je le cite, quand il parle de ses concurrents à Clermont l'Hérault : "ils n'ont ni les moyens ni l'autorité indispensable pour défendre Clermont l'Hérault, préserver sa position de centralité dans l'intercommunalité et son attractivité dans la compétition ardue qui se profile avec les territoires environnants".

Eh, ça peut plaire aux électeurs de Clermont l'Hérault que leur ville devienne une super locomotive avec l'argent des 25000 habitants du Clermontais.

Écrit par : Bruno | 14/03/2014

Non, décidément non, je ne partage pas du tout le modèle de développement d'Alain Cazorla. Et vous vous en êtes certainement déjà rendu compte ;-)

Pour le réseau des 21 communes, je souhaite que la communauté ouvre des antennes sur l'ensemble du territoire. Pas dans les 21 communes, mais selon une répartition géographique qui facilité l'accès des habitants aux services de la communauté. Un habitant d'Octon ou d'Usclas ne devrait pas aller jusqu'à Clermont l'Hérault pour rencontrer les personnels de la Communauté, mais dans leur commune ou dans une commune voisine où les agents de la communauté pourraient soit se déplacer soit y travailler. Il y a déjà des antennes de l'office intercommunal du tourisme, il y a des agents de la communauté dans les ALAE et les ALSH, il y a la police rurale qui connait bien notre territoire, le service urbanisme assure des permanences dans les communes et il y a aussi le service de collecte des déchets ménagers qui connait toutes les rues et tous les hameaux de nos communes, etc. Ce mouvement des personnels intercommunaux vers les communes du territoire existe, il faut surtout lui donner un sens politique.

Quant à l'apologie de l'emploi source de dignité retrouvée, il faut arrêter avec la démagogie. Combien de stagiaires en contrat d'apprentissage, d'intérimaires ou de CDD à temps partiel ? Non, il faut se focaliser sur des filières pérennes qui forment et qui offrent de réelles perspectives de carrières professionnelles. En tant qu'élus locaux, nous ne pourrons être satisfaits de nos choix politiques que lorsque le nombre de demandeurs d'emploi baissera très significativement.

Et puis je n'aime pas ce terme de "compétition" quand Alain Cazorla parle de "compétition ardue avec les territoires environnants". Comme le rappelait hier matin Pierre Rabhi sur France Inter, le monde vivant sur notre planète s'est développé sur la base de la coopération, des coopérations entre espèces et des coopérations au sein des mêmes espèces. J'estime que dans cette année du centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès, les socialistes devraient revisiter tous leurs fondamentaux. Ce mot "compétition" mis à toutes les sauces devient insupportable, car derrière ce mot il y a des gagnants et des perdants, des "de plus en plus riches" et des "de plus en plus pauvres", des réussites ostentatoires et des échecs qui en appellent souvent d'autres. Et le mot "solidarité" ?

Écrit par : Laurent Dupont | 14/03/2014

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