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02/11/2013

Nous ne pouvons plus seulement que nous indigner ...

Bon, ça ne justifie pas toujours le prix de la redevance audiovisuelle, mais il y a comme ça de temps en temps des soirées télé pas inintéressantes. Et c'était le cas ce vendredi 1er novembre avec deux émissions de la télévision publique, d'abord sur France2 avec Frédéric Taddeï et ensuite sur France 5 avec un triptyque intitulé « Dans le secret du Conseil des ministres ».

Ce n'est pas tant le débat sur l'écologie qui m'a étonné dans « Ce soir (ou jamais !) », l'émission hebdomadaire de Frédéric Taddeï, mais plutôt sa seconde partie avec l'historien Christophe Granger qui a publié « Le vase de Soissons n'existe pas » (avec Victoria Vanneau aux Editions Autrement).  Car ces quelques instants d'histoire m'ont appris que Vercingétorix n'avait jamais jeté son bouclier aux pieds de Jules César à l'issue du siège d'Alesia, qu'aucun vase (cadeau de l'église au roi des Francs) n'avait été cassé à Soisson, que l'arrestation de Louis XVI à Varennes avait été "romancée" pour quelques motifs révolutionnaires, que le chasse-mouches du Dey d'Alger était un ustensile grossièrement exploité pour justifier la colonisation puis l'indépendance, etc. Bref, les leçons d'Histoire apprises à l'école sont des ... histoires :=(

ce_soir.JPG

Avec le feuilleton mis en images par France 5 à partir du livre de Bérangère Bonte, « Dans le secret du Conseil des ministres », aux Editions du Moment, c'est encore une autre histoire qui était contée ; c'est l'histoire d'une République dont les rituels pèsent lourdement sur l'action politique.

Secret_CM.jpg

Cette adaptation pour la télé de cet ouvrage se décline en trois épisodes : Le fauteuil du roi, la cour du roi et les grandes heures. C'est le premier épisode qui était diffusé par France 5 la nuit dernière, et il décrivait, Président après Président, que le fonctionnement de notre Vème République était mis en scène de la même façon qu'au temps de la monarchie, le Palais de l'Elysée ayant simplement remplacé celui de Versailles.

Mais, me diriez-vous, qu'y a-t-il de très étonnant dans tout ça ? L'histoire manipulée et la République corsetée dans ses ors, une lecture même irrégulière du Canard Enchaîné en témoigne à chaque page. En réalité, c'est plutôt notre éducation qui est mise à mal. Pourquoi l'école de la République s'ingénie-t-elle ainsi à nous bourrer le crane de mythes soi-disant historiques ? Je ne sais pas si on apprend encore à l'école que nos ancêtres sont les Gaulois, mais ça doit crisper quelques bonnets rouges aujourd'hui en Bretagne ;-)

Et ce rouleau compresseur que constitue notre passage sur les bancs de l'école, de la maternelle jusqu'aux études supérieures, ça insère dans notre cerveau d'humain des préceptes qui vont nous guider toute notre vie. Ajoutons à ce terreau si fertile un dopage télévisuel (et maintenant Web), et nous avons des générations de moutons prêts à produire, à acheter et à consommer dans le respect des règles de la vie en société apprises dès le plus jeune âge.

Une autre émission intéressante est passée hier soir sur France 3, elle était intitulée « Pétain, un héros si populaire ». Quelle terrible illustration de mes propos précédents ... Les Français ont été trompés par leurs institutions, et Philippe Pétain en était l'incarnation. En 1944, Pétain était acclamé à Paris et à Nancy, la population entonnant même la Marseillaise pourtant interdite par l'occupant. Malgré les humiliations, les souffrances et les vagues d'épuration contre les juifs et contre les communistes, le peuple français gardait pour le chef de l'Etat une indulgence a posteriori bien douteuse.

Ph_Petain.jpg

Et aujourd'hui encore, les Français ne font pas preuve de beaucoup d'esprit critique quand nos responsables ratifient des traités internationaux ou européens, qu'ils engagent nos troupes sur des terrains extérieurs, qu'ils accordent des facilités aux acteurs économiques et financiers, au détriment des acteurs sociaux que nous sommes tous, etc. « Panem et circenses», j'en reviens toujours à cette formule romaine qui a permis à bien des empereurs de maintenir leur autorité sur Rome et sur ses conquêtes territoriales. Ajouté aux principes inculqués par l'éducation, aux valeurs d'une nation dont l'histoire ressasse les faits d'arme et aux fondements de la République, le peuple peut s'occuper à ce que le marché lui propose, l'Etat s'occupe du reste.

En tous cas, merci à France Télévisions pour sa programmation de la soirée du 1er novembre 2013. A suivre des émissions sur les révolutions dans le monde ?

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