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28/09/2013

Avec les Roms, l'Europe affiche sa vacuité en matière sociale ... et la France son nombrilisme hexagonal

De dossier en dossier, l'actualité européenne semble irrémédiablement se résumer à des questions d'argent. Et dans le cas des Roms, ce sont 17,5 milliards d'euros qui ont été affectés aux différents Etats membres pour aider ceux que l'on nomme pudiquement les "groupes vulnérables". Mais la Bulgarie comme la Roumanie, les deux pays d'Europe où vivent la plus grande majorité des Roms, n'utilisent pas ces budgets dégagés par Bruxelles, voire ils les utilisent très mal.

Selon la définition du Conseil de l'Europe et de l'Union européenne, le terme "Rom" désigne l'ensemble des populations immigrées de Nord-Ouest de l'Inde au premier millénaire. Il regroupe donc les Roms, les Sintés, les Kalés et les groupes de populations apparentés en Europe. En France, le terme "Rom" désigne uniquement les Tziganes originaires des pays d'Europe de l'Est, Roumanie et Bulgarie principalement. Si on s'en tient à cette définition, alors les Roms seraient quelque 15.000 en France (contre 400.000 selon les chiffres officiels de Bruxelles).

Le territoire de l'Europe s'est étalé vers l'est au fil des décennies, avec de nouveaux membres qui étaient très loin d'avoir le même niveau de vie, le même tissu industriel et les mêmes droits sociaux qu'en Europe occidentale. Mais l'Europe est avant tout un marché économique, et chaque nouvel Etat membre constitue surtout un potentiel de consommation, voire de production à bas coût.

L'intégration de nouveaux Etats membres s'est toujours accompagné d'aides financières, et les populations concernées ont pu voir de réels progrès économiques et sociaux ; l'Espagne, le Portugal, Chypre ou encore la Grèce en témoignent. Mais cet apport d'argent dans des nations encore très rurales ne s'est jamais accompagné de changements structurels ; et tous les européens ont jugé les Grecs comme des profiteurs sans trop se remettre en cause ...

Mais quand j'avance que les Roms révèlent l'inaptitude de l'Europe à générer autant de progrès sociaux (au plus grand nombre) qu'elle génère de profits financiers (à quelques-uns), ça ne résout pas le problème en France. Les trois principaux leviers dont dispose la France pour utiliser les fonds européens sont le Fonds social européen (FSE), le Fonds européen de développement régional (Feder) ou encore le Fonds européens agricole pour le développement rural (FEADER) ; mais cela nécessite de présenter des projets structurants ! Or, un projet comme le village d'insertion à Lille reste une exception ...

Pourtant, et le Premier ministre l'a rappelé cette semaine en marge des journées parlementaires d'EELV, une circulaire interministérielle a été signée en août 2012 par sept ministres  : Vincent Peillon pour l'Education Nationale, Manuel Valls pour l'Intérieur, Marisol Touraine pour les Affaires Sociales et la Santé, Cécile Duflot pour le Logement, Michel Sapin pour l'emploi et la formation professionnelle, Georges Pau-Langevin pour la Réussite éducative et Marie-Arlette Carlotti pour la lutte contre l'exclusion. Cette circulaire porte sur l'anticipation et sur l'accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites.

Sur le papier, et avec les fonds affectés par Bruxelles, cette circulaire pouvait illustrer un véritable engagement de l'Etat français pour l'intégration des populations de Roms. Et un gouvernement "dit de gauche" pouvait augurer un véritable changement d'attitude par rapport à l'époque Sarkozy. Mais douze mois plus tard, chacun tire la couverture à soi : Valls joue sa partition avec efficacité, Duflot utilise habilement le sujet pour détourner l'attention des médias sur les rebellions au sein de son parti, et les cinq autres sont totalement inaudibles.

Les femmes et les hommes politiques français nous offrent-là un bien triste spectacle, pataugeant dans le marigot national de leurs petites ambitions politiciennes, quand d'autres Etats européens font preuve d'un réel sens des responsabilités. C'est aussi l'aveu d'un désintérêt de notre classe politique pour l'échelon européen, le coq gaulois ne limitant son champ d'action qu'à sa basse-cour ...

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