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01/09/2013

Lybie, Mali, Syrie, ... quelle est la place de la France ?

Je suis assez fondamentalement hostile aux expéditions militaires, car derrière de louables desseins il y a toujours des intérêts particuliers, qu'ils soient géostratégiques, industriels, commerciaux ou financiers. Les coalitions occidentales qui sont allé en Irak et en Afghanistan cachaient bien mal les enjeux pétroliers, sous couvert d'aller y implanter la démocratie.

Historiquement, les nations limitaient leurs interventions extérieures aux pays avec qui elles ont des accords de coopération ou d'assistance. C'est ainsi que ni la France ni la Grande-Bretagne n'ont réagi à l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie en 1938, mais les accords avec la Pologne les feront entrer en guerre après l'invasion de la Pologne le 1er septembre 1939.

Or, les nations occidentales multiplient désormais leurs interventions dans des conflits internes, au prétexte de la violation des droits de l'homme. Mais je l'ai déjà expliqué lors de l'opération française au Mali, ces mêmes nations occidentales sont largement responsables des situations dramatiques qui déclenchent leurs interventions armées. Au Mali, et en Afrique Sahélienne en général, les Touaregs sont instrumentalisés de tous côtés en même temps que les populations sont spoliées des richesses de leur sous-sol. Il n'est pas étonnant dans ce contexte que le salafisme y trouve un terrain favorable pour son développement.

Aujourd'hui, tous les médias sont braqués sur la Syrie. Et les images de civils décimés par des gaz toxiques produisent le même élan compassionnel que les images de Bengazi en 2011, pilonnée par les chars de Kadhafi, que les habitants de Tombouctou sous le joug de groupes islamistes ou encore que le massacre de Srebrenica en juillet 1995, sous les yeux de 400 casques bleus Néerlandais totalement impuissants.

Mais pourquoi la France s'implique-t-elle autant sur ces terrains extérieurs ? Une seule raison le justifie, la France est l'un des quinze membres du Conseil de sécurité de l'ONU, et elle en est l'un des cinq membres permanents avec la Chine, la Russie, les USA et le Royaume-Uni. Le discours de François Hollande devant les Nations unies le 25 septembre 2012 est éloquent : "Siéger au Conseil de sécurité, ce n’est pas jouir d’un privilège au nom de l’histoire. Pas davantage satisfaire une ambition liée à la puissance économique. Siéger au Conseil de sécurité, c’est prendre l’engagement d’agir pour la paix dans le monde."

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C'est donc comme "gendarme du monde" que la France se positionne dans tous ces conflits, et ses prises de position lui assurent son rang. Et donc finalement, la question n'est pas d'être d'accord ou non avec une intervention militaire en Syrie, mais plus généralement sur le rôle que joue la France sur la scène internationale.

Au sein du Conseil de sécurité, la France ajoute sa voix et ses armées au maintien de l'équilibre du monde, ce que le Président de la République nomme "la paix dans le monde". Cette paix consiste surtout à laisser le modèle économique dominant, mondialisé et mortifère, se développer sans contrainte. Et ce que je contexte personnellement ici, c'est que la France, celle des Lumières et de la charte des droits de l'homme et du citoyen de 1789, ne porte pas une autre ambition pour le monde. Dans ce dossier syrien, nous sommes là, lamentablement dépendants des décisions des américains et des britanniques, illustrant plus encore ce jeu du "je te tiens par la barbichette ..." où nous ne sommes que des pions entre les mains de financiers internationaux. Déjà en 1991, l'opération "Tempête du désert" conduite par une coalition internationale, dont la France, pour libérer le Koweit de l'armée irakienne avait été financée par les pays du Golf. Et en Syrie aujourd'hui, ce sont le Qatar et l'Arabie Saoudite qui financent l'Armée Syrienne Libre (ASL) et qui militent donc pour une intervention occidentale. Les bourses mondiales n'étaient-elles pas dans le rouge en début de semaine, au moment où Paris, Londres et Washington annonçaient des frappes punitives, les investisseurs se réfugiant sur l'or et le pétrole ? Les images des civils gazés à Damas se superposent à des cours de bourse, mais comme dans toutes les guerres ...

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