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16/05/2013

Adieu Rousseau, Voltaire, Diderot, Montesquieu, ... et Jaurès

Comment s'enthousiasmer intellectuellement pour un discours comme celui qu'a tenu François Hollande lors de sa conférence de presse ? Le Président de la République a fixé les grandes lignes d'un "contrat économique" où s'agrègent des objectifs de croissance, de compétitivité, de rigueur budgétaire, etc.

Il y a trois siècles, Jean-Jacques Rousseau publiait "Du contrat social". Et tous les philosophes des Lumières ont ainsi avancé des propositions audacieuses (pour l'époque) en vue d'organiser la société. Mes lectures scolaires m'ont aussi conduit vers "De l'esprit des lois" de Montesquieu (et de ses "Lettres persanes"), vers le stoïcisme de Montaigne et de ses "Essais", et sans oublier Voltaire.

Jaurès, Rousseau, Voltaire, Montesquieu, Montaigne

Peut-être que dans d'autres pays du monde on enseigne Keynes à l'école plutôt que Hugo ou Molière, mais je regrette que dans son discours des "Assises de l'entrepreneuriat" fin avril, François Hollande ait déclaré que "notre premier devoir est de stimuler l'esprit d'entreprise, l'initiative dans tous les domaines, et c'est d'abord le rôle de l'école ...".

La pensée politique qui guide François Hollande n'a plus rien à voir avec le socialisme ; et il s'est pourtant attaché à rappeler lors de sa conférence de presse qu'il est socialiste, peut-être pour s'en persuader lui-même. Or, il est clairement dans un modèle où c'est le développement économique qui apportera du progrès social, et il relègue au second plan les urgences sociales de notre époque. J'aurais préféré que lui, Président de la République, fixe un objectif social à l'Europe plutôt que de lui inventer un gouvernement économique, j'aurais aimé que lui, Président de la République, affirme que l'éducation, la santé, le logement et l'alimentation sont parmi les prérequis vitaux à tout essor économique de notre pays et de l'Europe, j'aurais aimé que lui, Président de la République, sanctuarise notre petite planète bleue plutôt que de prier pour une croissance infinie.

Le 31 juillet 2014, sera commémoré le centenaire de l'assassinat de Jean Jaurès. Mais que reste-t-il de Jaurès ? Ses combats pour le peuple laborieux, pour la République, pour la laïcité, pour l'humanisme et pour la paix ne sont-ils pas aujourd'hui d'une actualité brûlante, alors que nous vivons les mêmes crises qu'à son époque ? Les mineurs de Carmaux se battaient pour leurs acquis sociaux et leurs droits, comme le font les sidérurgistes de Florange ou les ouvriers d'Amiens et d'Aulnay, mais l'oligarchie politique en place se complet dans le double-discours à la fois compassionnel et hypocrite.

Jaures_Hollande.jpg

Tout le temps qu'un Président (de la République ou de toute assemblée d'élus) ne porte pas d'abord un projet de société avant de défendre telle ou telle stratégie économique, tout le temps que l'on nous fasse avancer sans consolider notre espace vital, alors nous serons gouvernés par d'impassibles gestionnaires. Une calculette, des additions, beaucoup de soustractions, des courbes qui s'affolent et un écho médiatique qui amplifie toujours les mêmes annonces, voilà ce que des cohortes de promotions de l'ENA vont produire comme ministres et hauts fonctionnaires, de gauche comme de droite.

L'histoire témoigne que des situations sociales devenues massivement insupportables pouvaient donner lieu à des insurrections, voire à des révolutions ; et les éruptions de violences qui jaillissent ici et là en sont les symptômes. Je serai qualifié de Cassandre pour tenir ce discours, mais on ne peut pas non plus nier l'évidence.

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