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14/05/2013

Répartition de richesses, libérée ou encadrée ?

Nicolas Sarkozy avait choisi son modèle de développement dès son entrée en fonction en 2007, il avait fait voter un certain nombre de lois qui favorisaient le maintien des richesses dans les poches de ceux qui en détiennent déjà beaucoup. Je pense par exemple au bouclier fiscal, mais aussi à la défiscalisation des heures supplémentaires.

Ce modèle est très simple, il s'inspire des modèles anglo-saxons, et je pourrais le décrire par l'adage : "les petits ruisseaux font les grandes rivières". Le discours qui soutient un tel modèle nous a été ressassé pendant des années ; il professe que ceux qui travaillent beaucoup n'ont plus de temps pour plein d'autres besoins qu'ils délèguent ou qu'ils achètent. Ainsi, un milliardaire devra s'entourer d'un personnel de maison pour réaliser des tâches que l'humain normal réalise lui-même. Mais un employé qui fait beaucoup d'heures supplémentaires devra payer quelqu'un pour entretenir son jardin, il devra manger plus souvent au restaurant et il mettra ses vêtements au pressing. Ainsi, ceux qui bossent le plus, les locomotives qui produisent de la richesse, génèrent de l'emploi induit.

Mais ce modèle de la compétition sociale est très inégalitaire. Les chiffres en témoignent dans le monde entier, l'écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesse de s'accroître. Les promoteurs de ce modèle libéral nous diront que chacun a sa chance et que les richesses matérielles qui s'étalent devant nos yeux alimentent les rêves de ceux qui veulent réussir.

En Allemagne, il n'y a pas de salaire minimum et cela permet aux sociétés agricoles d'employer des ouvriers agricoles à des prix incroyablement bas ; et ce sont souvent des travailleurs qui viennent des pays voisins de l'Est de l'Europe. Un salaire de 400 € par mois pour ces employés pauvres est "mieux que rien" selon les promoteurs du modèle, voire "une première marche de l'escalier social" ...

Et le partage du temps de travail, qui se traduit par les 35 heures ou par la fin de l'incitation fiscale aux heures supplémentaires, est voué aux gémonies ; ses opposants y voient un carcan qui handicape les recrutements.

Or, dans les débats qui opposent les leaders politique de gauche et de droite aujourd'hui, le discours est confus. Le face à face entre Michel Sapin et Jean-Louis Borloo hier soir sur France2 s'est transformé en un étrange côte à côte. Et quand le journaliste a demandé au ministre du Travail s'il se sentait plus proche de J-L. Borloo ou de J-L. Mélenchon, Michel Sapin a hésité longuement avant de préciser que le dialogue était plus cordial avec son opposant du centre.

Michel Sapin a justifié la fin de l'incitation fiscale pour les heures supplémentaires, mais essentiellement à cause de la crise économique ; il a précisé qu'une telle mesure en 2007, en période de croissance, n'était pas absurde. Mais Michel Sapin ne maîtrisait pas vraiment son dossier hier soir. C'était flagrant sur le CICE quand J-L. Borloo lui demandait pourquoi ne pas avoir simplement baissé les cotisations sociales des employeurs. Et le ministre de répondre que la compétitivité des entreprises ne porte pas que sur les salaires, il y a aussi les frais financiers, les frais de structure et les achats de produits et de services. Sauf que le CICE se calcule à partir du nombre de salariés des entreprises ...

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Récemment, le ministre a déclaré "faire confiance aux entreprises". Avec le CICE (Crédit d'Impôt Compéttivité Emploi) puis avec l'ANI (Accord National Interprofessionnel), et pire avec la volte-face au Parlement sur l'amnistie sociale, le gouvernement nous fait le remake de Sarkozy en 2007 avec sa loi TEPA (Travail, Emploi et Pouvoir d'Achat). Sauf que l'expérience montre que faire des cadeaux aux entreprises n'est pas systématiquement synonyme d'investissements, d'embauches ou d'amélioration des conditions de travail.

Il faut avoir un discours beaucoup plus clair sur l'emploi ! Déjà, le mot de solidarité devrait systématiquement se substituer à celui de compétition ; surtout dans la tête de nos dirigeants. Le but n'est pas d'interdire à quiconque de s'investir à fond dans son boulot, mais il y a des seuils d'enrichissement qui doivent plus fortement servir à l'intérêt général. Car plus on laisse filer l'écart entre les plus riches et les plus pauvres, et plus la réparation sociale sera dure.

Nos livres d'histoire regorgent de situations où des États ont eu recours à de la répartition forcée après des années, voire des siècles de captation des richesses par quelques-uns. Dans de nombreux pays, cela s'est traduit par des réformes agraires où les terres de riches propriétaires fonciers étaient redistribuées à des paysans sans terre pour leur assurer de quoi faire vivre leur famille. Les régimes communistes en URSS, en Chine ou encore au Vietnam et au Cambodge ont dépassé l'objectidf de solidarité pour imposer une idéologie abominable.

La répartition des richesses produites doit être encadrée, mais sans être confiscatoire. Et le partage du temps de travail en est le meilleur exemple. La fiscalité aussi y contribue largement, mais elle aurait bien besoin d'une petite révolution copernicienne. Et la gauche est totalement absente sur ces sujets, préférant courir après la croissance. La France est la cinquième économie mondiale et son PIB est de deux mille milliards d'euros ; aussi, avant de courir avec la meute mondiale à la recherche de points de croissance qui se feront au détriment de la planète, ne serait-il pas plus utile de repenser un nouveau contrat social ? Malheureusement, nos élites politiques ne sont pas des lumières ;-)

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