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14/03/2013

N'écoutons plus les "experts" en économie, et ouvrons des débats informels constructifs

Le Sénat auditionnait mercredi 13 mars les deux futurs membres du Haut Conseil des finances publiques, à savoir Monsieur Michel Aglietta, économiste et professeur de macroéconomie nommé par le Président du Sénat, et Madame Mathilde Lemoine, chercheur et spécialiste d'économie publique nommée par le Président de la commission des finances du Sénat. Les auditions sont consultables sur le site Web du Sénat et elles montrent deux experts en économie qui restent enracinés dans le modèle économique capitaliste et financier où le PIB, la dette publique et la croissance économique restent des fondamentaux intangibles.

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Et la croyance répétée jusqu'au gouvernement, c'est que la crise serait conjoncturelle ; après la pluie, il y a forcément un moment où le beau temps revient. Sauf que cela fait 5 ans maintenant que tous les économistes, du FMI à la BCE en passant par la Commission de Bruxelles, ainsi que tous les chefs d'Etats occidentaux nous ressassent année après année que les courbes vont s'inverser. Personne ne remet jamais en cause la place de choix qui est laissée aux établissements financiers privés, ceux-ci touchant le jackpot dans n'importe quel scénario.

Dans le même temps, les mêmes économistes et les mêmes dirigeants politiques expliquent que les trente glorieuses, c'est fini. Nous ne retrouverons plus les taux de croissance à 4 ou 5% des années 70 et une inflation qui empêchait le chômage d'augmenter. Désormais, la crise oblige à adapter nos acquis sociaux aux réalités économiques : allocations familiales remises en cause, actes médicaux sans cesse moins bien pris en charge, le régime de retraite par répartition à réformer, l'assurance chômage de plus en plus conditionnée à des concessions personnelles, le code du travail contraint de se réformer, etc.

La crise ne serait que passagère, le Président Hollande se battant pour imposer à l'Europe son pacte de croissance, mais la crise est prétexte à des reculs sociaux. Le beurre et l'argent du beurre ...

Mais ce processus de dégradation structurelle (à mon avis) de l'économie mondiale fait surtout des victimes humaines. La perte d'un emploi, la paupérisation et les impasses sociales conduisent des personnes et leur famille à des issues insupportables. En Europe, il y a des victimes ici et là, mais leur somme funeste n'est jamais portée à la connaissance des citoyens européens. Dans d'autres pays, la révolte sociale est plus collective ; et elle prend souvent le chemin du radicalisme religieux, une spiritualité exacerbée pouvant se substituer aux missions régaliennes d'Etats défaillants.

Dans le journal Le Monde du 12 mars, le journalise Hervé Kempf a fait son article autour d'un livre publié par divers objecteurs de décroissance, le livre s'intitule "Un projet de décroissance - Manifeste pour une dotation inconditionnelle d'autonomie". Le choix qui s'offre à nous est "entre une décroissance volontaire et démocratique et une récession subie et oligarchique". Et c'est tout le système qui est à réorganiser, depuis la place des banques publiques aux monnaies locales en passant par l'échelle des revenus.

Or, nos systèmes éducatifs, médiatiques et politiques ne savent pas promouvoir d'autre système économique que celui qui dévore nos acquis sociaux petit à petit ; on cherche encore en quoi François Hollande incarne le changement vis-à-vis de Nicolas Sarkozy. En même temps, l'expérimentation n'est pas un processus d'évolution utilisé en France ; nous avons gardé un esprit très jacobin où l'initiative vient d'un unique centre de décision.

Une révolution de notre modèle républicain passera nécessairement par une étape d'éducation des citoyens. Il faut tourner le dos à une complexification voulue et entretenue du fonctionnement de notre société pour en revenir aux valeurs fondamentales et à des concepts simples. J'évoque souvent la productivité obtenue par les technologies d'automatisation (informatique, télécom, robotique, ...), qui est un réel progrès économique, mais pour laquelle le pendant social a été totalement oublié. Si deux fois moins de cheminots font tourner deux fois plus de trains qu'il y a cinquante ans, il n'est pas normal que les gains de productivité ainsi obtenus ne reviennent pas aux citoyens dont les impôts ont justement financé la recherche et les investissements de la SNCF.

Je sais, c'est pas facile de placer "empreinte écologique", "audit de la dette" ou "réduction Fillon sur les cotisations sociales des bas salaires" dans une discussion en ville, mais en insistant et en étant un peu pédagogue, ça finit par animer un dîner avec des copains ou des collègues de travail. Alors, et si on s'y mettait tous ?

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