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02/03/2013

La démocratie se réveille et les marchés financiers s'affolent ...

Les élections en Italie Bepe_Grillo.jpg cette semaine ont braqué les projecteurs sur le personnage Beppe Grillo, mais en occultant trop souvent le mouvement qu'il a suscité. Des centaines de milliers de participants lors de son dernier meeting de campagne à Rome témoignent de la dynamique qu'il a créée. Et ce Mouvement 5 étoiles, dont il est à la fois l'instigateur et le gesticulant porte-parole, a réalisé 25,5% des suffrages à la Chambre des députés.

Beppe Grillo a refusé le scénario médiatique des chaînes de télévision et de radio italiennes pour ne communiquer que via Internet, les réseaux sociaux et surtout sur le terrain.

Les revendications de Beppe Grillo et de son mouvement ? Mettre fin à la dictature de l'austérité économique instaurée par l'Europe. Mettre l'économie au service des hommes et du progrès social, et pas l'inverse ! Dès le lendemain du scrutin, les marchés financiers ont tremblé, puis ils se sont redressés comme pour faire semblant d'occulter la situation politique italienne ... Mais en coulisse, ça doit gamberger dur.

papendreou.jpgCar ce que craignent les dirigeants de notre Monde, c'est le verdict de la démocratie. Souvenons-nous à l'automne 2011 quand vint l'idée saugrenue à Georgios Papandréou de soumettre à un référendum le plan de sauvetage de la Grèce.

« La volonté du peuple grec s'imposera à nous » déclarait le Premier Ministre grec fin octobre 2011, et il ajoutait « Les Grecs veulent-ils l'adoption du nouvel accord ou le rejettent-ils ? Si les Grecs n'en veulent pas, il ne sera pas adopté ».

Mais cette arrogance démocratique n'a pas été appréciée par Sarkozy et Merkel qui convoquaient le Premier Ministre grec au G20 de Cannes début novembre. Un sommet où le pauvre Papandréou est arrivé sans être accueilli par personne, dans le genre « le comique passera par l'entrée de service ». A la veille du sommet du G20, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont averti le Premier ministre grec de leur intention de stopper l'aide à Athènes si le plan européen de sauvetage de la Grèce décidé le 27 octobre n'était pas appliqué.

papandreou_et_merkozy.jpg 
Car l'annonce unilatérale de référendum avait semé la consternation en Europe et enflammé les marchés financiers. 

Les Européens n’avaient pas décoléré lors de la série de réunions en présence du Premier ministre grec à Cannes ; ils ont décidé de couper les vivres à la Grèce tant que le plan de sauvetage ne sera pas appliqué.  « Nous avons dit clairement aux autorités grecques, la majorité mais aussi l'opposition [...], que les Européens et le FMI ne pourront envisager de verser la sixième tranche du programme d'aide à la Grèce que lorsque la Grèce aura adopté l'ensemble du paquet du 27 octobre et que toute incertitude sur l'issue du référendum aura été levée », déclarait alors Nicolas Sarkozy à Cannes. Papendréou va alors obtempérer, faire voter le Parlement grec de justesse, puis il démissionnera quelques jours plus tard.

Il est encore Olafur_Ragnar_Grimsson_2.jpgun autre dangereux personnage qui a menacé l'équilibre de la mondialisation financière il y a quelques années, c'est Olafur Ragnar Grimsson, le Président de la République d'Islande.

 

En 2008, l'Islande qui est fortement endettée prend de plein fouet la crise financière, mais elle fait le choix original de ne pas soutenir les établissements financiers, et cela après avoir consulté le peuple par référendum. Dans la plus vieille république d'Europe, son Parlement a été créé en l'an 930, les institutions ont été ébranlées par la révolte populaire qui refusait d'être sacrifié sur l'autel du libéralisme économique.

Depuis, l'Islande connaît une croissance de 3% et n'a que 5% de chômage. Toutes les mises en garde qui conjuraient les responsables politiques islandais de rester dans l'orthodoxie du modèle dominant se sont révélées fausses. L'Islande a donc eu raison de ne pas payer ses dettes abyssales à des investisseurs étrangers (cf. article de Rue89), et elle a accompagné sa mue socio-économique par un volet judiciaire qui a poursuivi ses dirigeants de l'époque responsables de la crise. Fini aussi pour l'Islande le désir de rejoindre l'Europe et implicitement d'adopter l'Euro, car la dévaluation de la couronne islandaise a rendu les secteurs exportateurs plus compétitifs.

Ce que Georgios Papendreou n'a pas osé faire, Olafur Ragnar Grimsson l'a fait. Et Beppe Grillo revendique la même issue. Et leur démarche se fonde d'abord sur la démocratie, c'est à dire le pouvoir du peuple. Bien sur, le terme populisme vient immédiatement sur le tapis ... Consulter le peuple sur les réseaux sociaux, par référendum ou par une démarche participative est tout de suite taxé de populisme, mais cela découle aussi de l'échec de la démocratie représentative. Les citoyens n'accordent plus aucun crédit à leurs élus, tous suspects d'être inféodés à un modèle économique qui blesse, qui humilie et qui tue autant qu'une guerre. Les victimes modernes de l'économie mondialisée succombent de cancer, de maladies cardio-vasculaires mais aussi de suicides.

Le 22 janvier 2012 lors de l'un de ses premiers meetings de campagne au Bourget, le candidat François Hollande avait adopté une attitude volontaire qui pouvait laisser penser que la gauche de retour au pouvoir en France saurait se dresser contre ce monde de la finance, prédateur d'humanité. Un an plus tard, c'est un sentiment d'abandon face à cet ennemi qui prévaut (voir extrait vidéo).

L'europe ne s'est pas construite par les peuples ni pour les peuples, et la création de l'Euro en témoigne (cf. documentaire Brussels Business passé sur Arte en février 2013). Quand les Allemands y voyaient le moyen de transformer leur Deutsch Mark pour conquérir les marchés nationaux européens, le Français Jacques Delors en faisait un acte politique de construction européenne. Alors aujourd'hui, soit l'acte politique va à son terme et l'Europe se dote d'une gouvernance économique adossée à un Parlement Européen souverain, soit l'Europe redevient une Communauté qui reconnaît à chacun de ses Etats membres son indépendance économique et sociale.

 pleniere_parlement_européen.jpg

L'Europe tout entière tiendra son destin dans un bulletin de vote en juin 2014. Les principaux partis politiques auront du mal à rendre l'Europe attractive si elle reste synonyme de rigueur, de déclin social et de richesses détenues que par quelques uns. Mais les initatives populaires telles que le mouvement des indignés qui a été très suivi en Espagne sauront-elles se transformer en un projet politique pour l'Europe ? La prochaine Assemblée Européenne devrait même être une Assemblée constituante qui produira la Constitution de l'Europe à faire ratifier ensuite par tout le peuple européen.

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