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29/01/2013

Après l'ère des dinosaures [industriels], voici celle des organismes agiles ...

Avec la seconde révolution industrielle, sont apparus des sites industriels gigantesques. Dans la métallurgie, la construction automobile, l'aéronautique,  la construction et l'entretien du matériel ferroviaire, les chantiers navals et bien d'autres secteurs très productifs, ce sont des sites industriels qui peuvent employer des milliers d'ouvriers. Ce sont eux nos dinosaures modernes !

Mais alors que depuis la préhistoire l'homme s'est toujours adapté aux évolutions de son environnement, aux découvertes techniques et qu'il a toujours fait preuve de créativité, d'audace et d'envie d'innover, ces dinosaures industriels n'ont jamais évolué. Et les uns après les autres, qu'il s'agisse des mines de charbon, des hauts fourneaux, des usines automobiles, des chantiers navals, ... ces sites disparaîssent. A chaque fois les ouvriers luttent contre ces inévitables fermetures, mais en vain.

A qui la faute ? Il y a au moins trois motifs : 1. Ces sites industriels se prêtent assez mal à l'adaptation technologique ; 2. Leurs productions finissent par saturer le marché national ; 3. La mondialisation les concurrence durement. Le problème, c'est que les économistes et les politiques ne savent pas anticiper la mort programmée de ces dinosaures, et qu'ils entretiennent de façon démagogique l'espoir du maintien de l'activité.

A l'inverse, les petites structures s'adaptent beaucoup mieux, et cela depuis toujours. De l'agriculture familiale à l'artisanat en passant par les petites entités industrielles, il est plus facile de se former, de changer de pratiques et de s'adapter aux besoins du marché. Et ce qui est difficile à faire, de la part des collectivités locales, des filières professionnelles, des organismes de formation et des chambres consulaires, c'est d'entretenir et de développer un tissu de petites et moyennes entreprises, un réseau d'acteurs économiques collectivement performants.

Tout le 20ème siècle a promu la création de ces grands sites industriels, synonymes de productivité, de compétitivité et de plus-values financières. Et pour les Français (mais c'est vrai de Détroit à Liverpool en passant par Milan), l'espoir d'une vie professionnelle réussie passait par un emploi dans une de ces hyper-structures. Rentrer chez Thomson, Renault, Usinor ou Alcatel donnait un passeport professionnel à vie. Et toutes les collectivités locales s'arrachaient ces sites industriels pourvoyeurs d'emplois soi-disant pérennes ; Toyota à Valenciennes, Airbus à Toulouse, Michelin à clermont-Ferrand, Renault sur l'ile Seguin, ...

Au 21ème siècle, ces dinosaures auront disparus ou auront été délocalisés. Il est urgent de se donner les moyens pour que puissent se créer des structures en réseau (agilité à grande échelle) ou en grappes (synergies productives et commerciales), et cela nécessite surtout de changer d'état d'esprit. Prenons le cas de l'agriculture, où là aussi l'industrie agro-alimentaire perd ses grands sites de production (cf. l'exemple du Groupe Doux, jusqu'alors premier producteur européen de volailles) ; il faut éclater les sites de production et les structures de commercialisation pour constituer un ensemble homogène de l'extérieur, mais en constant mouvement à l'intérieur. Un producteur d'oeufs ou d'olives peut s'associer avec d'autres producteurs de la même filière ou d'autres filières pour constituer des offres à géométrie variable, adaptables. Mais pour ça, il faut que l'Etat et que les collectivités locales mettent en place le cadre qui sécurise tous ces acteurs économiques. C'est déjà le cas avec les pépinières, les couveuses ou autres incubateurs d'entreprises, mais ces outils sont encore trop limités.

Il y a plus de 65 millions d'années, à la fin du Crétacé, les dinosaures disparaissaient sous la conjonction de plusieurs évènements majeurs : chute d'un astéroïde, éruptions volcaniques, régressions marines et changement climatique. Leur disparition permet alors aux petits mammifères de se développer, l'homme apparaît plus tard vers 4 millions d'années.

Aujourd'hui, la disparition de nos dinosaures industriels peut permettre à une nouvelle économie de se développer, une économie humaine à la fois solidaire et innovante.

En suivant cette métaphore historique, l'idée de cette note est d'envisager un modèle économique où nous soyons moins prisonniers des gigantismes toujours difficiles à faire évoluer, et qui conduisent à une forme d'immobilisme intellectuel. A côté de ça, des structures plus petites sont plus adaptables aux aléas économiques et ils offrent de meilleures intégrations professionnelles. Évidemment, il y aura toujours de grands sites industriels, et la France n'en manquera pas, mais ce ne doit plus être l'idéal à atteindre. Et c'est justement toute la complexité que d'y trouver une alternative ...

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