Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

05/01/2013

Poussons jusqu'au bout le scénario d'une croissance économique mondiale de +3% par an, mais jusqu'où ?

Si les pays "riches" (Europe, Amérique du Nord, Japon) constatent que leur développement économique a atteint la limite asymptotique et que la croissance de leur PIB devient infinitésimale, le reste du monde part de plus loin et les pays émergents sont encore loin de la droite asymptote ... Les études de l'OCDE misent sur une croissance mondiale de +3% par an pour les 50 ans qui viennent ! La Chine et l'Inde seront les locomotives de la croissance mondiale pour les deux prochaines décennies, et leurs populations vont donc accroître considérablement leurs besoins en produits manufacturés et en matières premières tout en adoptant de plus en plus un mode de vie occidental.

Rien d'étonnant à ce que les prévisions du volume de trafic aérien mondial, fret et passager, ne suivent la même courbe de croissance. Les études prédisent une multiplication par 4 du volume de trafic aérien entre 2010 et 2050 ... Et même si entre 1970 et 2010 le trafic aérien a été multiplié par 10, l'industrie aéronautique produira encore beaucoup d'avions.

Autre secteur très lié à l'activité économique, l'automobile. L'agence internationale de l'énergie (AIE) prévoit un doublement du parc automobile mondial d'ici 2035. La Chine et l'Inde sont encore cités pour une croissance exceptionnelle de leur parc automobile (plus de 400 millions de véhicules en Chine en 2035 contre 69 millions aujourd'hui, et 160 millions de véhicules en Inde contre 14 millions en 2011). Et ce sont 16 millions de kilomètres de routes nouvelles qui seront construites d'ici 2035 !

Mais avec une population mondiale de 9 milliards de personnes, les Nations Unies ont calculé que le monde aura besoin d'augmenter sa production alimentaire de 70 % d'ici le milieu du siècle pour répondre à la demande galopante. Et que ce soit pour produire l'alimentation animale ou végétale de ces 9 milliards de terriens, les ressources en eau vont devenir de plus en plus critiques ... La FAO a produit en 1999 un rapport très détaillé sur la sécurité alimentaire d'ici 2050, le diagnostic comme les prévisions restent d'actualité.

Encore un dernier domaine pour lequel la demande suit (ou précède) la croissance économique, c'est l'énergie. L'énergie pour construire des avions et des voitures, l'énergie pour les faire fonctionner,  l'énergie nécessaire pour produire comme pour transporter les productions alimentaires, mais aussi l'énergie pour se chauffer, pour s'éclairer et l'énergie pour l'économie numérique. La consommation d'énergie devrait augmenter de 80% d'ici 2050, et la part des énergies fossiles dans le bouquet énergétique mondial devrait demeurer aux environs de 85 %. Brésil, Russie, Inde, Indonésie, Chine et Afrique du Sud (les BRIICS) seront les plus gros consommateurs d'énergie.

En mars 2012, l'OCDE a édité une synthèse de toutes les études éxistances qui est intitulée : Les conséquences de l'inaction. En gros, nous savons que nous allons droit dans le mur, nous savons qu'une seule planète Terre ne suffira pas à couvrir tous ces besoins pour 9 milliards d'êtres humains, mais nous savons aussi que notre activité humaine accélère la dégradation de l'environnement (perte de la calotte glaciaire, déforestation massive, acidité des océans, biodiversité attaquée, ...). Nous sommes tous les acteurs de cette histoire de la Terre, et ce n'est pas que de la littérature.

Face à ce risque global qui pend au nez de nos enfants, il serait irresponsable de ne pas s'engager dans des politiques de prévention. Peut-être que des catastrophes se produiront un peu partout dans le monde, alors donnons-nous les moyens d'y échapper. Et loin de sombrer dans une approche purement catastrophiste, il faut entretenir une vision positive ; c'est ce que suppose le concept de résilience des territoires. En 2010, l'éruption d'un volcan islandais a interrompu le trafic aérien pendant quelques jours sur l'Europe et a illustré la fragilité de notre société hyper-dépendante des grands circuits de distribution des marchandises. Notre société est ainsi beaucoup moins résiliente qu'en 1940 ! Un mouvement s'est créé des "villes et des territoires en transition", avec pour principal objectif de relocaliser les productions (énergie, alimentation, matériaux, équipements, ...). Et en même temps que cette résilience améliorée renforce l'autonomie des territoires, elle fournit aussi de l'emploi non délocalisable.

Le Coeur d'Hérault un territoire en transition ? Il y a les ressources, il faut par contre la volonté politique !

Commentaires

Yves Cochet apporte un éclairage plus scientifique à cette note. Je ne le qualifie pas de "catastrophiste", mais bien de lucide et responsable :
http://www.institutmomentum.org/wp-content/uploads/2012/10/Effondrement2-Momentum-28-09-2012-politique.pdf

Écrit par : Laurent Dupont | 06/01/2013

Les commentaires sont fermés.