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29/08/2012

A croissance nulle, il faut choisir le seuil des recettes publiques !

De 1950 à 1975, la croissance annuelle du PIB tournait autour de 5%. De 1975 à 2000, cette croissance annuelle du PIB était autour de 2,5%. Mais depuis douze ans, l'économie française peine à maintenir un point de croissance annuelle.

La première conséquence quasi arithmétique de cette décroissance subie, c'est que l'économie ne permet plus de créer de l'emploi. On pourrait d'ailleurs dire que la France pâtit d'une démographie trop dynamique (chaque année des milliers d'actifs entrent sur le marché du travail). L'INSEE a déjà évalué que d'ici 2060, il y aura près de 3 millions d'actifs en plus qu'aujourd'hui. En même temps, la qualité du système social permet aux français de vivre plus longtemps, mais pas toujours en bonne santé, et cela pèse dans les dépenses publiques.

L'entêtement des gouvernements successifs à aller chercher de la croissance pour créer de l'activité et ainsi pourvoir des emplois est vain. Il y a désormais 5 millions de français qui recherchent un emploi (il ne faut pas s'arrêter aux seuls inscrits en catégorie A qui sont quand même près de 3 millions). Le partage du temps de travail me semble vraiment être la seule issue envisageable ; chez Volkswagen, ils sont déjà aux 32 heures par semaine.

L'autre conséquence majeure de ce défaut de croissance, c'est la part des prélèvements publics. Le graphique ci-dessous montre que la croissance du PIB entre 1980 et 2009 a permis d'augmenter de facto les ressources publiques ainsi que la richesse privée. Et en passant son taux de prélèvement de 45% à 50%, l'Etat, les structures de sécurité sociale et les collectivités locales ont vu leurs ressources augmenter significativement. Et on en vient même à regretter que cette période n'ait pas été mise à profit pour réduire le déficit public ...

Progression_ressources_publiques.jpg

Mais qu'est-ce que cela signifie que la sphère publique prélève 50% de la richesse nationale ? Déjà que l'autre moitié reste dans la poche des particuliers et des entreprises pour leurs dépenses courantes et pour leurs investissements. Quant à la part qui va dans les caisses publiques, elle paye les services publics, les hôpitaux, les routes, les écoles, etc. Heureusement, avec presque 2.000 milliards d'euros de richesse nationale produite en 2012, la France n'en est pas encore à arbitrer s'il faut se nourrir ou s'il faut construire des écoles ... Mais n'oublions pas que bien des pays à travers le monde sont face à ce dilemme !

Aussi, et en admettant que notre richesse nationale annuelle stagne à 2.000 milliards d'euros, il va falloir se poser sérieusement la question de la destination de cette richesse. Du côté de la part publique, il faut aussi ajouter le remboursement de la dette publique (1 489 milliards d'euros en 2009) ... Et c'est donc un véritable débat de société de savoir si le prélèvement public sur le PIB annuel doit être de 50% (et alors il faut réduire fortement la dépense publique) ou de 56% (en ne se trompant pas sur les cibles fiscales). Car pour la part privé, il n'est plus besoin de répéter combien les revenus du capital ont progressé plus vite que les revenus du travail !

Il faut regretter que le débat politique soit aussi faussement technique et donc qu'il n'intéresse pas la majorité des français. Posons-nous des questions simples basées sur des données claires et précises. La gauche a su par le passé informer, expliquer, démontrer et ainsi mobiliser autour de réformes structurelles fortes (la CSG de Michel Rocard, les 35h de Martine Aubry, ...), alors pourquoi s'enfermer aujourd'hui dans des exposés d'énarques ? Et quand le message aura été clairement transmis, alors les français sauront décider ce qui est salutaire pour le pays et pour les générations futures.

A quoi sert encore le Parlement ?

Les bisbilles actuelles entre écologistes et socialistes, essentiellement sur le vote du pacte budgétaire européen, conduit le Premier Ministre à réclamer la solidarité de tous les parlementaires qui se réclament de la majorité présidentielle. En fait, ce qui fixe la politique du gouvernement pour son mandat de 5 ans, c'est le programme sur lequel le Président a été élu. Et comme les députés sont élus juste après le Président de la République, le fait de donner une majorité au Président apporte une double légitimité démocratique à son programme.

Mais si les députés de la majorité présidentielle ne peuvent que voter en faveur des propositions du gouvernement, alors à quoi servent-ils réellement ? Le pire, c'est quand cette solidarité gouvernementale conduit une formation politique à avaler son chapeau. Et c'est le régime que devra suivre Europe Ecologie Les Verts s'il veut conserver ses deux ministres ...

L'exemple de la baisse de 6 centimes sur le prix des carburants est à ce titre remarquable. Les députés et ministres écologistes font l'autruche, alors que cela fait des années qu'ils réclament une fiscalité écologique sur les transports routiers (cf. taxe carbone), mais c'est Jean-Luc Mélanchon qui dénonce à la radio "la mesure la plus anti-écologique qui soit" et qui précise que "le devoir de l'humanité est de sortir des énergies carbonées".

Il est évident que cette muselière posée sur la parole écologiste ne sera pas supportable longtemps.

17:54 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2012

Avenir de l'Europe, la fin justifie-t-elle les moyens ?

Le Parti Socialiste avait juré que le pacte budgétaire Merkozy ne serait jamais ratifié sans avoir été renégocié. Mais à la rentrée, les députés français seront invités par le Premier Ministre à ratifier ce traité en l'état. La crainte des politiques est que ce traité entraîne les Etats dans une spirale de récession, la règle d'or étant devenue le nouveau dogme de la construction européenne. L'exemple de la grèce est éloquent puisque l'Allemagne et la France lui refusent le délai de 2 ans qu'elle réclame pour appliquer son plan de retour à des budgets respectueux de son avenir au sein de la zone Euro.

Mais il y a désormais deux écoles dans la démarche de construction européenne. D'un côté, il y a ceux qui en ont marre d'avaler des couleuvres. Lionel Jospin affichait en 1997 la même détermination que celle de François Hollande à obtenir de l'Allemagne un pacte de relance de l'emploi. Mais l'intransigance de Kohl obligea Jospin à ratifier le Traité d'Amsterdam sans aucune contre-partie. Et puis il y a eu le TCE en 2005, rejeté par le peuple français mais ratifié par le Parlement. Depuis 15 ans, la construction européenne enchaîne les traités sans que l'on sache vraiment où l'on va ... Enfin si, toujours au profit des mêmes !

L'autre école propose de continuer dans le "sens de l'histoire", tous ces traités n'étant que des aléas conjoncturels, et ils voient se profiler une Europe Fédérale. Ce débat a divisé les écologistes réunis à Poitiers pour leurs journées d'été ; Dany Cohn-bendit invitait les députés à voter le TSCG, car il sera de toutes façons voté par les PS, l'UMP et le Centre, quand le député François de Rugy estimait de son côté que les députés écologistes devaient y réfléchir encore un peu.

Le problème, c'est que ce débat ne passionne que les politiques ; les français, dans leur immense majorité, s'en fichent totalement. L'europe est aujourd'huy synonyme de dette publique, de récession, de capitalisme financier, de bureaucratie et de façon générale d'incertitude sur l'avenir. Alors oui, l'Europe peut signifier autre chose et elle est même la seule issue pour une construction stoppée depuis trop longtemps. Et pour cela, il faut que les Etats qui veulent avancer vers le Fédéralisme se déclarent et y travaillent. Sinon, l'Europe deviendra le meilleur argument électoral du Front National.

22:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)