Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

18/06/2012

Quelques leçons du scrutin de ce dimanche 17 juin ...

Vingt quatre heures après les premiers résultats du second tour des législatives, il y a de nombreux enseignements à tirer de ce scrutin.

Le premier d'entre eux concerne l'abstention et le vote Front National, deux expressions d'un même rejet de l'offre politique actuelle. Dans un contexte fortement anxyogène, et ce n'est pas pour rien que nous sommes champions du monde pour la consommation d'anxiolytiques, une majorité de Français ne met pas les propositions des candidats ou de leurs partis en réponse à leurs problèmes. Les programmes politiques sont souvent trop complexes alors que les situations désespérées sont si évidentes ... Une grosse partie de cet  électorat jette l'éponge et boude les urnes, quand l'autre partie se laisse séduire par des incantations populistes. Longtemps la politique a été guidée par des idéaux (humanisme, capitalisme, communisme, libéralisme, ...), avec à chaque fois un horizon optimiste. Mais aujourd'hui, ce sont des panoplies de mesures que l'on positionne devant chaque problème en espérant en faire un projet d'avenir, en vain. François Bayrou a été battu aux législatives justement pour le décalage entre son discours et ce que ses électeurs traditionnels attendaient de lui ; il a été honnête en exprimant son choix pour François Hollande au second tour de la présidentielle, mais il n'a pas essayé de convaincre. Et en cela, je sors conforté dans le sentiment que l'écologie est l'idéologie du 21ème siècle. Ni l'homme ni la planète ne doit s'imposer à l'autre, mais l'homme et la planète doivent s'apprivoiser mutuellement. En découlent des valeurs de respect, de solidarité, de responsabilité, de justice et de progrès qui fondent les grands principes de la vie en société.

Une autre leçon qui découle de la précédente, c'est que la droite que nous connaissions jusqu'au siècle dernier a disparu, engloutie par la facilité racoleuse d'adopter le langage et les postures des leaders du Front National. Nadine Morano et Claude Guéant sont les deux symboles de cette dérive, mais les électeurs ne s'y sont pas trompés. Et Nicolas Sarkozy a connu le même sort après qu'il se soit découvert être le candidat du peuple ... Plus jeune, des personnalités comme Raymond Barre, Alain Madelin, Philippe Seguin, Simone Veil, Pierre Méhaignerie, André Rossinot, Pierre Mazaud ... étaient pour moi des représentants de courants bien marqués au sein de la droite, et il était donc légitime qu'ils recueillent les suffrages d'électeurs de droite. Mais aujourd'hui, la droite n'est plus sociale, elle n'est même plus capitaliste et elle est encore moins libérale ; existe-t-il encore des courants démocrates, chrétiens ou progressistes ? Or, il ne suffira pas à Bruno Lemaire, à Chantal Jouanno ou à NKM de se dresser contre ce populisme prédateur, la droite devra nécessairement se reconstruire autour d'idéaux fondateurs.

Mais la gauche n'est pas exempte de critiques ... Elle bénéficie actuellement d'une légitimité qui se renforce d'élection en élection, et les sondages viennent renforcer plus encore ce sentiment. Ainsi, personne n'aurait misé un euro sur la victoire des 25 ministres du premier gouvernement Ayrault à ces législatives, mais la légitimité toute récente de leur nouveau mandat ministériel a conquit l'électorat. Attention néanmoins à l'excès de "légitimisme", et le cas de Ségolène Royale en témoigne. A vouloir s'imposer contre tous, avec juste les légitimités de son parcours, de son statut de Présidente de Région et de son investiture nationale, elle a suscité un rejet massif. Trois familles politiques composent la gauche : les communistes, les socialistes et les écologistes ; cela peut sembler simpliste, mais c'est déjà une grosse différence avec la droite dont l'UMP fourre-tout est devenu le Titanic. Néanmoins, cela ne doit pas exonérer la gauche de se reconstruire elle aussi. Les primaires socialistes ont montré les différences majeures entre Valls et Montebourg, mais aussi les nuances importantes entre les quatre autres ; il serait opportun que ces courants s'affichent ouvertement afin que les électeurs adhèrent à des projets.

Les média sont aussi un piège, car ils nous imposent une opinion produite par quelques élites qui ne colle pas toujours à la réalité sur le terrain. Leur rôle dans l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007 puis dans celle de François Hollande en 2012 n'a pas été neutre ... Mais faut-il laisser ces média, de la presse écrite aux télés, nous préparer la victoire des Le Pen en 2017 ?

Ma conclusion, c'est qu'il est urgent de fuir cette situation qui oppose un 'légitimisme" dominant à une contestation qui tourne le dos à notre République, tout ça orchestré par les chaînes d'info en continu. Car cette situation n'est pas une fatalité ; les Français aiment la politique, ils ont des question de court terme et ils veulent des réponses sur le long terme. Souvenons-nous du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen (TCE) en 2005 ; le traité a été envoyé par la Poste à tous les électeurs, des comités locaux se sont consstitués sur tout le territoire pour débattre du texte, tous les éditorialistes de presse donnaient le OUI gagnant et la participation à ce référendum a été importante. Le NON l'a emporté à l'issue d'un passionnant débat politique de proximité. L'appétance pour la politique est donc bien réelle, alors pourquoi prendre des raccourcis ?

Souhaitons que les élections locales de 2014 seront l'occasion de renouer avec le débat d'idées, avec la confrontation de projets, et cela dans un contexte d'une plus grande proximité entre les candidats et les électeurs. Et il ne faut pas attendre fin 2013 pour aller à la rencontre des gens !

23:23 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.