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08/05/2012

Pourquoi Marine Le Pen ?

En France, mais aussi dans de nombreux pays occidentaux, le paysage politique s'est longtemps déterminé selon deux axes ; le premier axe socio-économique a vu s'opposer les partisans du progrès social contre ceux de la compétition économique, le second axe sociétal voit s'affronter les modernes et les conservateurs.

Sur le plan socio-économique, les républiques populaires ont illustré par leurs excès dogmatiques comment l'intérêt général pouvait être liberticide. Oui, ces républiques ont brillé dans les domaines de l'éducation, de l'industrie, de la santé ou encore de la recherche, mais au prix de trop de renoncements. Aujourd'hui, la gauche est représentée par plusieurs mouvements politiques héritiers de l'internationale socialiste, mais les idéologues ont laissé la place aux communiquants. A l'opposé, c'est le modèle américain qui représente le mieux la liberté d'entreprendre, l'individualisme exacerbé. Aux USA, Barack Obama et son projet de réforme du système de santé (health care) passe pour un dangereux communiste aux yeux de toute une population qui voit dans les prélèvements sociaux une véritable extorsion de fonds.

Jusqu'au début des années 2000, la France connaissait une multitude de partis politiques qui s'inscrivaient sur cet axe en mettant le curseur plus ou moins haut sur les solidarités, sur la fiscalité, sur le rôle de l'Etat ou encore sur le code du travail. Arlette Laguillier et Alain Krivine étaient à l'extrême gauche de cet axe quand Alain Madelain était à l'extrême droite. C'est au travers du mouvement poujadiste que Jean-Marie Le Pen a fait son apparition sur la scène politique dans les années 50, mais le Front National ne s'est jamais réellement positionné sur ces questions économiques et sociales. Même Marine Le Pen a très mal réussi à convaincre sur ces thèmes lors de la campagne des présidentielles ; c'est beaucoup trop éloigné de la culture et du corpus idéologique du Front National.

Sur les questions de société, il y a eut un avant et un après mai 1968. Le monde ouvrier et les étudiants contestaient violemment contre une classe bourgeoise conservatrice, mais il y avait aussi des mouvements pacifistes, féministes, humanistes qui ajoutaient aux revendications pour une société plus moderne. L'abolition de la peine de mort, le vote des étrangers aux élections locales, le mariage des couples homosexuels sont autant de thèmes qui divisent encore profondément la société Française.

La gauche aspire beaucoup plus que la droite à rompre avec certains archaïsmes, mais les questions sociétales ne sont pas aussi clivées que cela entre la droite et la gauche. Par contre, le Front National a misé à 100% sur la préservation des traditions, sur la patrie et sur la préférence nationale. Tout ce qui pourrait éloigner la France de sa culture, de son patrimoine et de ses racines chrétiennes devient un ennemi à combattre farouchement ; l'Europe, la mondialisation, l'immigration, l'islam, la classe politique aux mains des grandes entreprises financières trans-nationales, ... voilà les fronts sur lesquels Marine Le Pen fait tous les amalgames.

C'est donc bien plus sur l'axe sociétal que sur l'axe du développement socio-économique que Marine Le Pen se positionne à l'extrême droite de l'échiquier politique ; elle n'a aucune solution pour ce qui fait le quotidien de nos concitoyens, mais elle fait croire à ceux qui ont peur pour leur avenir ou pour celui de leurs proches qu'ils pourraient aussi perdre leur nation (plus de monnaie nationale, plus de frontière. ...). Six millions et demi de Français ont voté pour Marine Le Pen le 22 avril, et de plus en plus sur des territoires ruraux que l'Etat délaisse d'année en année. Et quand on ne voit pas de quoi l'avenir sera fait, pire quand le quotidien dessine un avenir incertain, alors on se raccroche à ce qui reste encore et on cible des boucs-émissaires.

Longtemps l'Etat était doté d'un ministère du Plan ou encore d'un ministère de l'aménagement du territoire. Désormais, c'est le marché mondial qui gouverne l'économie nationale et ce sont les grandes entreprises qui décident seules de leur implantation. Tout cela fluctue au grè de l'intétêt des conseils d'administration et des dividendes versés aux actionnaires. Et tant que l'Etat associé aux collectivités territoriales n'aura pas repris l'initiative, alors Marine Le Pen continuera de capitaliser sur les drames et sur les peurs.

La droite aura une responsabilité immense dans les prochaines années. Sera-t-elle tentée par les thèmes du Font National comme Nicolas Sarkozy l'a fait pendant tout son mandat ? Ou reviendra-t-elle défendre des positions économiques pertinentes ? On pouvait ne pas être d'accord sur le fond avec Raymond Barre à la fin des années 70, mais son positionnement politique était sans ambiguïté.

Marine Le Pen ira aux oubliettes si la droite assume l'alternance démocratique, si l'Etat rétablit les services publics sur tout le territoire, si François Hollande concrétise ses propositions qui vont dans le sens du progrès social (éducation, logement, emploi, santé, transports, justice, ...) et si l'Europe devient enfin autre chose qu'un marché économique. Sinon, ce n'est pas le risque de Marine Le Pen qui se profile, mais carrément une révolte populaire à l'échelle européenne.

15:35 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

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