Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

18/01/2012

Qui sera le prochain roi de la république ?

C'est devenu depuis un demi-siècle maintenant la préoccupation principale des français, se trouver un nouveau roi tous les 5 ans. Le 28 octobre 1962, c'est par référendum que le peuple français avait ainsi amendé la constitution de 1958. Et c'est en réalité une réminiscence de notre tradition monarchiste, voire Bonapartiste, qui occulte ainsi la pratique parlementaire héritée de la révolution de 1789.

La campagne présidentielle qui nous conduira jusqu'au scrutin du 22 avril en témoigne ; les français voient en leurs candidats des leaders, des monarques, des chefs tout puissants à qui ils vont déléguer leur souverainneté. Et face à la crise économique mondiale qui met en péril notre contrat social, les idées des candidats viennent loin derrière leur aptitude à diriger.

Nicolas Sarkozy est un Napoléeon Bonaparte sur le pont d'Arcole, engagé à la tête de ses troupes pour sauver la France. Mais Nicolas Sarkozy est désormais dans la même débacle que Napoléeon de retour de Russie, dépossédé de son AAA comme l'empereur le fut de son sceptre ; et un retour de l'île d'Elbe ne lui est pas assuré ...

François Bayrou mise sur la guerre économique dans laquelle l'Etat et les français sont engagés malgré eux. Il dramatise à souhaits, fustigeant les dirigeants de droite comme de gauche qui depuis 30 ans conduisent la France dans le mur ;  il en appelle à l'unité nationale, et il passerait bien pour le sauveur qu'a été le Général de Gaulle. D'ici à ce qu'il nous propose un Conseil National de la Résistance ... Beaucoup de français sont attirés par cette posture rassembleuse, rassurante.

Marine Le Pen campe une improbable Jeanne d'Arc qui chasserait l'ennemi hors de France. Là, elle flatte le sentiment nationaliste et elle stigmatise l'étranger. Mais elle ne voue pas à Sarko 1er le même attachement que Jeanne d'Arc avait pour Charles VII, et de nombreux français verraient bien pour elle une autre fin que celle de Jeanne d'Arc sur le bûcher. C'est l'héroine populaire par excellence, indispensable pour contre-balancer le pouvoir du monarque en place.

Jean-Luc Mélenchon est lui un véritable Robespierre, "le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas" ; c'est le règne de la terreur après 1792. Les financiers et les riches sont ses aristocrates, et il leur promet des années sombres. Là, les français qui suivent Mélenchon sont réellement derrière un révolutionnaire, et celui-ci ne cache pas ses sympathies pour les révolutions sud-américaines.

J'ai par contre des difficultés pour associer à François Hollande l'incarnation historique qui justifierait sa position en tête des sondages. Il est un peu ce que l'anti-matière est à la matière. Il y a Sarkozy, alors il faut quelqu'un pour être l'anti-Sarkozy ; mais de là à imaginer qu'il jaillirait de la lumière d'un choc Sarkozy-Hollande ;-) François Hollande occupe le paysage politique comme Mitterand l'occupait en 1980, dans une confrontation gauche-droite traditionnelle. Hollande serait en fait pour Sarkozy ce que Louis XVIII a été pour Napoléon 1er, un successeur dans l'alternance. Le 6 mai 2012 sera-t-il le jour de la Restauration ?

Evidemment, Eva Joly n'a pas sa place dans cette galerie de portraits. Les écologistes veulent profiter de la présidentielle pour porter leur projet dans la campagne, et Eva Joly en est la porte-parole. C'est l'inversion du calendrier législative-présidentielle par Jospin qui oblige des partis politiques à présenter un/e candidat/e ! Certains partis politiques misent d'abord sur leur champion pour espérer ensuite remporter quelques circonscriptions aux législatives qui suivent ; c'est le cas du Parti Communiste derrière Jean-Luc Mélenchon. D'autres comme Europe Ecologie Les Verts portent un projet politique et leur candidat/e à la présidentielle l'incarne nécesairement.

Alors, qui sera le prochain roi de la république ?

21:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.