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08/11/2011

Le nucléaire, un casus belli entre socialistes et écologistes.

Three Mile Island en 1979 aux USA, Tchernobyl en 1986 en Ukraine et Fukushima en 2011 au Japon, ce sont trois catastrophes nucléaires qui interviennent dans des pays qui étaient pourtant réputés pour leur maîtrise de l'industrie du nucléaire, trois pays qui font de la recherche sur l'atome et dont les infrastructures et les équipements modernes semblaient donner toutes les garanties requises. Alors pourquoi la France et ses 58 réacteurs nucléaire échapperait-elle à tout risque ? Faut-il nous refaire le coup du nuage de Tchernobyl qui s'était arrêté à nos frontières ?

C'est cette mesure du risque que les écologistes mettent en avant pour demander à sortir du nucléaire. Faut-il vraiment risquer de rayer de la carte une région tout entière parce qu'une catastrophe nucléaire aura eut lieu ? Une partie de l'Ukraine et le nord-est du Japon sont désormais des zones interdites, des territoires où on ne peut plus rien faire pousser de comestible, où on ne peut plus vivre. Or, les risques sismiques, les risques de submersion ou les risques terroristes existent ... Faut-il les écarter pour satisfaire les technocrates de la filière nucléaire française ?

Et puis il y a la gestion des déchets nucléaires ainsi que la question du démantèlement des anciens réacteurs. Ces questions restent sans réponse sérieuse, à part le "on sait faire" d'EDF et d'AREVA ...

L'accord de gouvernance que le PS et EELV sont en train de négocier en vue des élections de 2012 se heurte une fois de plus à la question du nucléalire. Les écologistes souhaitent une sortie progressive du nucléaire sur une période d'environ 25 ans quand François Hollande se contente d'en voir la part diminuer. Dans son interview du 07 novembre sur France2, il a ainsi déclaré vouloir poursuivre la construction de l'EPR à Flamanville tout en diminuant en même temps la part du nucléaire dans le bouquet énergétique hexagonal, car "75% c'est trop".

Le candidat socialiste à l'élection présidentielle n'est pas sérieux. Soit cette énergie nucléaire est jugée comme risquée et il faut alors en sortir, soit les risques sont jugés "sous contrôle" et alors il ne faut pas s'en priver. Mais il ne peut pas y avoir de juste milieu !

Si François Hollande maintient cette position, il est totalement inenvisageable que des écologistes puissent participer à un gouvernement qui poursuivrait l'aventure nucléalaire. Les écologistes ont avalé suffisamment de couleuvres à l'époque du gouvernement Jospin pour ne pas vouloir remettre le couvert. Les Grünen allemands ont gagné en visibilité et en reconnaissance parce qu'ils ont depuis longtemps refusé tout compromis sur cette question. Les écologistes français doivent eux aussi être plus intransigeants. Surtout avec un François Hollande dont le projet socio-économique ne casse pas trois pattes à un canard ... Et il ne faut pas oublier non plus le soutien socialiste pour le projet d'aéroport à Notre-Dame-des Landes à côté de Nantes.

Commentaires

Interview 15.11.2011
Recueilli par Matthieu Écoiffier

«Hollande est en train de se ségoléniser»

Un compromis est-il possible, notamment sur le nucléaire ?

Pour l’heure, nous avons un texte d’une trentaine de pages qui comprend de nombreux points positifs. Dont la proposition de François Hollande de réduire de 25% la part d’électricité d’origine nucléaire d’ici à 2025. Mais sur le réacteur EPR de Flamanville, pour l’instant, c’est complètement bloqué. François Hollande dit : «S’il y a un questionnement sur la sécurité et la faisabilité de l’EPR, faisons un audit. Mais sans suspension du chantier pendant l’audit.» C’est incompréhensible. Une fois que l’on a tiré les leçons de la catastrophe de Fukushima, il est indispensable de revoir l’architecture de Flamanville.

Selon le PS, Flamanville permet de sécuriser l’approvisionnement en électricité. Se dédire rajouterait 1,5 milliard à un chantier qui a déjà coûté 3,5 milliards…

Il existe des scénarios de sortie du nucléaire sans l’EPR, et pas seulement issus de nos rangs. Mais restons dans la logique socialiste : si on continue à construire l’EPR et que l’audit conclut qu’il faut le modifier, cela coûtera beaucoup plus cher. François Hollande, premier secrétaire du PS en 2004, était contre l’EPR et il a mené campagne en 2007 avec Ségolène Royal pour un moratoire sur cette installation. Aujourd’hui, les écologistes seraient irresponsables de le demander ? C’est de l’hypocrisie totale. Je rappelle aussi que l’EPR finlandais construit par EDF est passé de 3 milliards d’euros à près de 7 milliards, que le chantier a quatre ans de retard et n’est toujours pas fini.

Comment expliquez-vous ce blocage ?

Il y a une méfiance mutuelle des socialistes face à Europe Ecologie sur le mode : «Ils ne sont pas mûrs pour gouverner.» Et inversement en ce qui concerne la transformation écologique nécessaire. Cette culture de la méfiance nous conduit dans le mur.

François Hollande en fait une question d’autorité ?

Je récuse l’argument selon lequel François Hollande a annoncé qu’il ferait Flamanville au JT de France 2 et que la messe est dite, habemus papam. C’est le virus présidentiel français. Vouloir être le président d’une République contractuelle suppose d’écouter et non pas d’imposer. La manière dont il fait la démonstration de sa crédibilité, c’est du Sarkozy ou du Mitterrand pur jus. J’ai raison, le chef c’est moi. C’est ainsi que Sarkozy a tenu le bouclier fiscal. Or, l’autorité doit rimer avec raison.

Les ultimatums de certains écologistes n’ont-ils pas contribué à ce blocage ?

Les ultimatums et les diktats ne font pas avancer le schmilblick. On ne peut pas fonctionner comme ça. Quand on veut être président et rassembler la gauche et que Jean-François Copé, patron de l’UMP, somme, au nom de l’intérêt national, le candidat socialiste de ne pas faire d’accord avec les écologistes et que le résultat final c’est qu’il n’y a pas d’accord, cela signifie qu’on n’a pas la carrure présidentielle. Un échec entre le PS et EE-LV signerait le début de la reconquête de Nicolas Sarkozy. Quand on veut être chef de l’Etat on ne s’arrête pas à une petite phrase incorrecte d’Eva Joly ou de Cécile Duflot. On essaye de formuler l’intérêt général. Or l’intérêt général c’est un accord avec nous. Hollande est en train de se ségoléniser. Il a fait une bonne primaire et juste après, il est déjà en cellule de crise, alors que rien n’a commencé.

Y a-t-il une porte de sortie ?

Rien n’est impossible, même un miracle. Mais je suis pessimiste. Si la gauche veut gouverner comme ça, de toute façon, ça ne marchera pas. Les ONG, les syndicats vivent très mal le psychodrame entre EE-LV et le PS. La seule porte de sortie, c’est de réunir les partenaires pour un Grenelle de l’énergie et négocier un compromis. Hollande peut encore présider une République qui prenne en considération l’avis des citoyens et pas seulement celui des partis.

Arnaud Montebourg estime que le PS a vocation à représenter l’écologie…

C’était le rêve du SPD [les sociaux-démocrates, ndlr] en Allemagne. Il a mis quinze ans à comprendre que cela ne fonctionne pas comme ça. Moi qui étais sceptique sur la candidature écologiste, je constate que l’attitude du PS justifie la candidature d’Eva Joly. Montebourg fait preuve d’une arrogance infantile.

Le PS table sur le vote utile …

Alors ce sera une victoire à la Pyrrhus. Car ils seront dans un marasme total pour gouverner seuls dans un contexte économique difficile. Ils devront affronter les écologistes, la surenchère radicale de la gauche de la gauche et l’opposition de droite bête et méchante. Le PS sera peut-être majoritaire à l’Assemblée mais minoritaire dans la société.

Les écologistes n’ont-ils pas, malgré tout, intérêt à avoir un groupe parlementaire et des ministres ?

On peut retourner l’argument. Cela vaut-il la peine de faire capoter l’accord avec les écologistes pour dix-huit mois de moratoire à la seule fin de poser l’autorité du candidat socialiste ? Un président citoyen aurait tout intérêt à lancer un grand débat national sur l’énergie, la sobriété énergétique et le nucléaire, et prendre les citoyens à témoin par un référendum. Cela s’appelle oser la démocratie.

Écrit par : Daniel Cohn-Bendit | 15/11/2011

C'était l'été dernier quand François et les autres entraient dans les primaires. Des sauvageons demandaient l'arrêt du chantier de l'EPR, risquant de massacrer l'industrie française, de faire perdre un million d'emplois, de nous provoquer des coupures totales d'électricité cet hiver, de participer au réchauffement du climat et d'attenter à la survie de l'espèce.

C'est sur le site des MJS : http://www.jeunes-socialistes.fr/2011/07/sortir-du-nucleaire-3-milliards-pour-le-renouvelable-pas-pour-l%E2%80%99epr/

Écrit par : MJS | 15/11/2011

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