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28/08/2011

Un graphique pour mieux comprendre ...

La recherche de Kadhafi, le blanchiment de DSK, l'ouragan Irène, le duel Aubry-Hollande et quelques autres évènements sportifs éclipsent totalement la situation économique hexagonale et mondiale qui a pourtant affolé les marchés financiers cet été. Et le CAC40 perdait 1% vendredi soir dans la plus grande indifférence ...

Mais ne nous y trompons pas, notre déficit public chronique qui accroit la dette nationale sera au coeur des débats pour les présidentielles et les légilatives de 2012. Et si la question n'est pas abordée très sérieusement, alors le pouvoir qui sera élu en 2012 nous pressera comme des citrons avec la légitimité du scrutin présidentiel.

Ci-dessous deux graphiques qui indiquent (en valeur puis en pourcentage du PIB), l'usage que l'Etat et les administrations publiques font de la richesse nationale (cliquer sur le graphique pour l'afficher) :

 

L'Etat, les collectivités locales et les organismes publics et sociaux ponctionnent environ 50% de la richesse nationale produite chaque année. En gros, pour une perspective de 2.000 milliards d'euros de richesse nationale qui sera produite en 2011, il y en aura autour de 1.000 milliards qui ira dans les caisses des administrations publiques au travers des impôts, des taxes et des cotisations.

La répartition des prélèvements sur les différentes strates de personnes physiques (les ménages) et morales (les entreprises) est un sujet de débat en lui-même. Or, s'il peut introduire plus d'équité et plus de justice sociale, cette enveloppe d'un demi PIB annuel semble invariant. Mais cela conditionne très fortement le budget de l'Etat et des administrations publiques (cf. l'année 2009 en décroissance).

Par ailleurs, si on ne veut pas nous priver des services publics indispensables à notre développement (éducation, santé, recherche, sécurité, justice, social, ...), alors il faut optimiser les dépenses et favoriser une croissance partagée de notre économie. Un rapport de l'administration fiscale indique que 52 milliards de niches fiscales n'ont aucune efficacité économique, il serait alors urgent de s'y pencher. De même, il y a des dépenses qui mériteraient d'être mutualisées à l'échelle européenne avec un véritable budget européen (tout comme les USA ont un budget fédéral et un budget pour chacun des 51 États).

En tous cas, voilà les données du problème. Reste à regarder les solutions qui vont nous être proposées ...

24/08/2011

"Le coup des 11 milliards d'euros", nouvel épisode de la reconquête du pouvoir par le Général Sarkozy ...

Quand on sait que la dette nationale est aujoud'hui d'un peu plus de 1.600 milliards d'euros et que le déficit annuel du budget de l'Etat était d'environ 150 milliards d'euros pour 2010, l'annonce faite ce jour par le Gouvernement d'une économie de 11 milliards d'euros n'est qu'une annonce conjoncturelle dont le seul objectif est de rassurer les agences de notation. Pour retrouver l'équilibre budgétaire, pour réduire l'endettement de la France et pour continuer néanmoins à créer de la richesse, il faudra bien plus que ces mesurettes.

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Tel le Général Bonaparte sur le pont d'Arcole, notre Président Sarkozy a entrepris depuis quelques mois la reconquête de son siège à l'Elysée. Comme en 2008 alors qu'il présidait l'Union Européenne, l'actuel Président du G20 va surfer sur la vague de la crise financière pour redonner du souffle à sa courbe de notoriété. Les rencontres avec Angela Merkel et les sommets internationaux dédiés à cette crise devraient se multiplier dans les mois à venir.

La situation internationale autour de la Méditerranée devrait aussi profiter à notre Président ; reconnaissons lui au moins le mérite d'une réelle pugnacité et de beaucoup de réalisme dans la révolution Lybienne. Il efface au passage les erreurs de Michèle Alliot-Marie en Tunisie ...

Mais cet activisme médiatique ne répond pas aux problèmes de fond. Et les questions à long terme portent sur notre démographie, sur le taux d'activité et le taux d'emploi de la population, la productivité du travail (boostée par le progrès technologique et par l'organisation sociale), par la durée du travail tout au long de la vie (et les questions connexes sur l'emploi des jeunes et des séniors), sur les taux d'intérêts qui conditionnent l'investissement des ménages et des entreprises, sur la parité euro/dollar qui joue sur notre balance commerciale, sur le taux d'inflation qui peut accroître un peu artificiellement la croissance tout en plombant le pouvoir d'achat des ménages, et enfin sur les prévèvements fiscaux et sociaux (taxes, impôts, cotisations sociales). Le Gouvernement a décidé de ne se focaliser que sur ce dernier point, c'est à dire les prélèvements sur les ménages et sur les entreprises, mais l'économie réelle dépend de tous les autres points cités ci-dessus. Et ce sont tous ces points qui devront être abordés lors la campagne des présidentielles.

Plutôt qu'un Général d'artillerie, la France aurait besoin d'un plombier ... qui lui n'irait pas réparer une fuite dans la tuyauterie sans d'abord régler l'arrivée d'eau.

14/08/2011

Mesdames Aubry et Pécresse complètement à côté du problème ...

La première s'en prend aux niches fiscales et à la défiscalisation des heures supplémentaires tout en promettant la création de 300.000 emplois jeunes, et la seconde propose pour 2012 de faire 2 milliards d'euros d'économie sur les dépenses de l'Etat ... En gros, elles se focalisent sur la fuite d'eau au fond de la baignore sans se préoccuper du robinet qui ne se ferme plus.

Bien sur qu'il faut revenir à l'équilibre du budget de l'Etat, mais il y a des questions de fond qui se posent en amont : le poids de la dette, le rythme de l'activité économique et l'Euro. Tant que nous n'aurons pas un cadre plus vertueux, alors nous serons toujours à essayer de colmater des brèches.

Concernant la dette des États, mais de tout les États du monde, il faut un moratoire international. Et il ne faut plus laisser le Fond Monétaire International ou la Banque Mondiale s'en occuper, il faut une véritable résolution de l'ONU comme cette institution sait en prendre quand des populations sont menacées. On pourrait par exemple geler toutes les dettes des États, c'est à dire stopper les remboursements du capital et des intérêts pendant un an ou deux, et continuer à autoriser les États à emprunter pour financer des projets structurants. Un emprunt pour construire un réseau de tramway ou une université, oui, mais pas pour acheter des avions de chasse, des sous-marins et des équipements industriels sur des marchés confidentiels. On ne peut pas effacer toutes ces dettes souveraines d'un coup car cela poserait des problèmes d'équité ; pourquoi effacer tout ou partie des dettes d'un Etat et pas d'un autre ... Mais en retirant cette épée de Damoclès que cette dette fait porter au dessus de nos têtes, soit quand même 1.682 milliards d'euros pour la France et 14.598 milliards de dollars pour les USA, on libère immédiatement plus de 100 milliards d'euros par an (pour la France) qui correspondent au service de la dette (remboursement des intérêts et du capital), et qui équivalent à la totalité des recettes fiscales directes de l'État (impôts sur les sociétés et sur les revenus, ISF, ...).

Sur l'activité économique, et là je laisse de côté le PIB qui n'est qu'un indicateur productiviste, il faut relocaliser et écologiser ! En taxant les produits importés de pays qui font du dumping social et environnemental, on régule de façon équitable les échanges commerciaux internationaux. Et cela nous donne de l'oxygène pour implanter des entreprises, qu'il s'agisse d'industries ou de producteurs agricoles locaux. On le sait bien, quand les entreprises ont des commandes et que le chômage est plus proche de 5% que de 10%, alors les recettes fiscales (directes et indirectes) et sociales alimentent des budgets équilibrés. Et mettre fin à la règle de suppression d'un poste de fonctionnaire sur deux qui partent à la retraite, c'est assurer la continuité du service public tout en donnant du pouvoir d'achat à des jeunes qui galèrent pour trouver un job.

Enfin, il faut régler le problème de l'euro. Nous nous sommes arrêtés au milieu du gué en 2002 quand nous avons adopté la monnaie européenne, alors soit on fait marche arrière, soit on poursuit la traversée. Revenir en arrière ne signifie pas nécessairement de revenir au franc, mais par exemple de réduire le cercle des pays qui utilisent l'euro à ceux qui ont des économies semblables. Et la question à se poser est de savoir si l'allemagne et quelques autres pays n'imposent pas des règles insupportables pour les autres ... A l'inverse, aller au bout de la démarche signifie clairement d'abandonner une part de notre souverainneté budgétaire pour la placer entre les mains de la Banque Centrale Européenne. En fin de semaine dernière, Jean-Claude Trichet aurait imposé à l'Italie un certain nombre de mesures économiques et sociales que Sivio Berlusconi a adopté sans sourciller. La monnaie est un puissant levier de régulation économique, mais aujourd'hui nous en sommes dépossédés. Alors soit nous en retrouvons un usage exclusif, soit nous le déléguons à l'échelon européen, mais on ne peut pas rester en l'état.

Voilà trois axes programmatiques majeurs pour la campagne de 2012, trois thèmes qu'il faut aborder en priorité. Et ne nous laissons pas amuser par les passes d'arme des responsables politiques de l'UMP et du PS, ayons enfin le débat politique qui nous fera sortir de la crise actuelle. Et n'ayons pas peur de dire qu'il s'agit là d'une véritable révolution dont la France doit être l'ambassadrice à l'international. Notre révolution de 1789 et l'ère des lumières ont fait écho à travers le monde pendant deux siècles, il n'y a donc aucune raison de pas pouvoir renouveler l'expérience ...