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12/08/2011

Annulons toutes les dettes !

Mais si c'est possible ... faut juste le vouloir tous ensemble.

L'actualité des marchés bouscule la tiédeur estivale en nous annonçant chaque jour la fin du monde. A la suite des premiers feuilletons de 2008, ce sont les États qui se sont portés garants pour les acteurs économiques (banques, grandes entreprises, particuliers, ...) et ce sont maintenant les dettes publiques des états qui sont attaquées par les méchants spéculateurs. Ce mécanisme de spéculation est assez simple ; quand on emprunte, on contracte une assurance qui sert à garantir l'emprunt. Mais plus l'emprunteur est "potentiellement défaillant" et plus ces assurances enflent. C'est ce qui est arrivé à la Grèce et c'est l'attaque subie par la France hier sur les marchés, ces assurances (cf. CDS) rendent l'accès au crédit de plus en plus difficile. Et la perversité du système, c'est que ces contrats sont des produits boursiers sur lesquels on peut spéculer !

Et tout le monde ne parle plus donc que de cette dette publique qui pèserait sur les générations futures. Aujourd'hui, le poids de la dette publique française est de 25.000 € par habitant !

A partir de là, chacun y va de sa petite théorie. A gauche (le PS français comme les démocrates américains), il faut augmenter les prélèvements fiscaux, surtout envers les plus riches, afin d'accroître les recettes de l'Etat. A droite (l'UMP en France comme les républicains américains), il faut tailler dans les dépenses de l'Etat, et en l'occurrence sur les services publics et les prestations sociales. D'autres (un peu à gauche comme à droite) verraient bien un peu d'inflation afin de faire croître artificiellement le PIB (et arithmétiquement faire baisser le poids de la dette qui s'exprime en % du PIB). Mais qui dit inflation dit hausse des prix et baisse du pouvoir d'achat ... D'autres encore attendent que les allemands abandonnent l'Euro pour enfin pouvoir dévaluer l'Euro face au Dollar et au Mark, et ainsi améliorer notre balance commerciale qui contribue elle aussi au PIB.

Dans tous les cas, les responsables politiques exploitent le spectre de cette dette (que les générations futures auraient à rembourser) pour nous faire passer la pilule de leurs doctrines économiques, sociale-démocrate pour les uns et néo-libérale pour les autres. Sauf que toutes ces mesures ont la même conséquence, elles contractent l'économie elle-même ! Préléver plus d'argent à ceux qui en ont pour rembourser la dette, c'est autant d'argent non investie dans l'économie réelle créatrice d'emplois. Baisser le pouvoir d'achat des plus pauvres, c'est assurément la meilleure façon de baisser la consommation et donc de réduire les bons de commande des entreprises qui emploieront moins. Je ne dis pas qu'il n'y a pas quelques niches fiscales à supprimer, ni même que l'Etat providence a montré ses limites, mais il ne faut pas avoir de dogme en ces domaines. Je rappelle que le développement durable repose sur trois piliers et donc sur trois intersections de piliers : un développement équitable (en payant les produits et les services à leur juste prix), un développement vivable (sur une planète aux ressources respectées) et un développement viable (en ne sciant pas la branche économique sur laquelle nous sommes assis).

Autre son de cloche, il faut "faire de la croissance" ! Et ce sont justement les perspectives de croissance des pays occidentaux qui démoraliseraient les investisseurs ... Mais de la croissance pour créer de l'emploi ou de la croissance pour rémunérer les actionnaires des fonds de pension ? Le dilemme a été clairement exposé en 2009 et 2010 quand de grands groupes industriels ont préféré fermer des unités, avec des milliers de licenciements à la clé, afin de préserver leur compétitivité financière.

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Mais la dette dans tout ça ? Et si on la supprimait ? Et si comme d'un acte divin on décidait soudainnement de rayer d'un coup la dette de tous les Etats, de toutes les sociétés et de tous les particuliers ?

Car en réalité, cette dette est totalement virtuelle. En effet, quand par exemple vous empruntez 200.000 euros pour acheter une maison, la banque qui vous prête cet argent ne le prend pas sur ses fonds propres ou sur les comptes de dépôt de ses clients ; en réalité, elle crée virtuellement 200.000 euros ex nihilo. Et on peut dire qu'à ce moment là, la somme totale des euros en circulation dans le monde a été augmentée de 200.000. Ensuite, au fil des remboursements du capital emprunté, ce montant virtuel diminue jusqu'à disparaître. Et annuler cette dette de 200.000 euros revient tout simplement à réduire de 200.000 euros le montant total des euros en circulation, mais cela ne porte préjudice à personne. Enfin si, les établissements financiers qui portent ces créances ont besoin de se rémunérer au passage, et c'est pour cela que l'on n'annule jamais 100% d'une dette.

En 2005, le G8 a ainsi décider d'annuler la dette de 38 pays pauvres pour un montant total de 55 milliards de dollars. Plus récemment, la France a décidé d'annuler les 101 M€ de la dette du Togo (dans la ligne des décisions du Club de Paris qui proposait aux 19 pays créanciers du Togo d'annuler 203 M$ de dette). Mais l'annulation de la dette ne concerne pas que les pays. En 2006, la dette de la société Euro-tunnel a ainsi été divisée par deux, du simple fait d'une décision des créanciers et de montages financiers assez complexes.

Le seul problème, c'est la moralité de cette annulation. S'agissant des pays pauvres, personne ne s'oppose à ce que des pays ravagés par les guerres ou par la sécheresse puissent se redonner un peu d'oxygène en réattribuant le remboursement de ces dettes à des dépenses plus urgentes ou plus structurelles. Mais si mon emprunt de 200.000 euros pour acheter ma maison était soudainement annulé, alors cela voudrait dire que je me suis enrichi d'une maison sans la payer ... Et on comprend un peu mieux l'amertume des allemands qui ont payé au prix fort leur réunification ainsi que la modernisation de leurs industries quand on les accule à faire cadeau au grecs d'une partie de leur dette qu'ils ne pourront de toutes façons jamais payer. Les allemands trouvent ça immoral.

Mais ce sont les américains qui ont créé le concept de "dette odieuse" quand au XIXème siècle ils ont rayé d'un trait la dette accumulée par les Espagnols à Cuba. Ce même concept a été utilisé pour réduire de 70% la dette Irakienne en 2003 après que les troupes US aient renversé Saddam Hussein. L'Équateur a lui aussi annulé une partie de sa dette souverainne en 2008 au prétexte qu'elle avait été constitué de façon illégitime pour financer des sociétés occidentales sur le dos des citoyens.


Ci-après un documentaire trouvé sur le site Web iFinance [la finance autrement]. Il illustre le pouvoir de la dette et il a été réalisé à l'initiative de journalistes, d'intellectuels et de citoyens grecs qui conduisent actuellement un audit de la dette grecque en vue de faire comme en Équateur, annuler une part de leur dette.


[La gouvernance par la dette - 1/2]

[La gouvernance par la dette - 2/2]

Il y a donc un juste milieu à trouver entre une annulation immédiate de toutes les dettes du monde, et qui serait perçu dans la plupart des cas comme une prime à l'irresponsabilité, et le fait d'exploiter les conséquences de ces dettes souveraines pour imposer des politiques économiques et sociales totalement inacceptables. Sinon, ce sera un argument de plus pour les nationalistes de tous bords qui rechercheront leur souverraineté dans une devise nationale.
 
Une remarque au passage, se débarrasser du poids d'une dette n'exonère pas d'avoir des budgets publics à l'équilibre. Et pas en contractant l'activité économique, mais en engageant des politiques publiques pérennes de développement durable.

Commentaires

Oui, je suis d'accord pour qu'on annule toutes les dettes (peut-être au moins tous leurs intérêts pour commencer, ça serait déjà pas mal (compris les intérêts déjà versés) et qu'on allonge les temps de remboursement (toujours sans intérêts).

Mais il y a une petite phrase dans vos propos qui me tue : "l'état providence a montré ses limites" - ça c'est du propos de banquet de députés ou autres "représentants" du peuple.
Quand on écrabouille les gens, qu'on licencie les vieilles secrétaires à 55 ans en faisant semblant de croire qu'elles vont retrouver du travail (auto-portrait) avec pour tout potage 450 euros par mois, mais je ne suis pas toute seule (voir les stats du chômage des vieux) et que l'on prétend que je devrais travailler à n'importe quel travail, (surtout du ménage de nuit..., ou des petites vacations par ci par là genre distribution de prospectus (je hais la pub et j'ai mal aux jambes) - on est mal venu de chanter les "limites de l'Etat providence" ! qu'entendez vous exactement par là ?

Si c'est pour dénoncer les fonctionnaires inamovibles même s'ils passent leurs nuits à écrire des romans pornos et dorment toute la journée au bureau... là je serais plus d'accord !

Écrit par : vieilledame | 12/08/2011

PS : argent , nom masculin.

Écrit par : vieilledame | 12/08/2011

Oui, j'avoue que l'expression employée pour stigmatiser l'Etat-providence est un lieu commun, un raccourci facile pour placer la sociale-démocratie face à ses contradictions. Malheureusement, cet Etat-providence n'a jamais été au service des plus faibles ; au coeur des 30 glorieuses, c'est un abbé qui luttait l'hiver 1954 contre l'abandon par l'Etat des plus démunis. Idem 30 ans plus tard avec Coluche qui lance les Restos du Coeur ... L'Etat-providence, il sert les intérêts des puissants en se disant qu'il y aura alors des miettes pour les autres. L'Etat-providence, c'est le nucléaire, c'est la France-Afrique, c'est l'industrie de l'armement, c'est un tissu industriel boosté par les commandes publiques.
Ce que nous dit cette crise financière mondiale qui dure depuis 3 ans, c'est que le système est au bout du rouleau et qu'il faut inventer un autre monde. Il est immoral que certains gagnent plus d'argent en misant sur la fragilité des emprunts d'état qu'en travaillant. Et la révolte en Grèce comme les émeutes en Angleterre témoignent de la fracture grandissante entre quelques élites et le reste de la population. Et avec les orientations budgétaires en perspective pour 2012, c'est la classe moyenne qui sera vraiment au coeur des tensions sociales : plus d'avenir pour les enfants, plus d'assurance pour les anciens et plus de garantie d'emploi pérenne.
Plus de réformes, il faut passer à une vraie révolution !

Écrit par : Laurent Dupont | 13/08/2011

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