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16/08/2010

Face au chômage, il ne faut pas sombrer dans la culpabilité !

Je viens de terminer ce week-end le dernier livre de Florence Aubenas, "Le quai de Ouistreham". L'immersion de la journaliste dans la réalité qui est celle de millions de français se révèle être un témoignage qui supplante tous les chiffres et toutes les analyses qui tournent autour de la situation sociale de notre pays.

   
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Déjà, pour quelqu'un comme moi qui ait connu les guichets de l'ANPE et des Assedic pendant deux ans (2002-2004), le sort que réserve aujourd'hui Pôle Emploi aux demandeurs d'emploi est consternant. L'impératif des agents de Pôle Emploi est clairement de faire baisser les chiffres du chômage, et tous les moyens sont bons. Et les quelques témoignages dont je dispose sur l'agence de Clermont l'Hérault confirment l'incapacité de Pôle Emploi à répondre efficacement au public. Bien sur, on nous dira qu'à l'impossible nul n'est tenu et que les agents de Pôle Emploi n'ont pas les moyens d'exercer normalement leur mission ...

Mais le livre de Florence Aubenas témoigne aussi du changement d'attitude des demandeurs d'emploi face au chômage. Il y a quelques années encore, seul l'Etat était pointé du doigt face à la dégradation de l'emploi, mais désormais les demandeurs d'emploi se sentent coupables, ils se trouvent une part de responsabilité non pas dans l'origine de leur situation, mais essentiellement dans les solutions pour s'en sortir. Et je pense immédiatement aux demandeurs d'emploi américains qui assument à 100% leur situation. Outre-Atlantique, mais aussi outre-Manche, l'individualisme est poussé à un tel paroxysme que les personnes actives ne comptent absolument pas sur l'Etat ; et ils sont prêts à tous les petits boulots précaires (dans l'esprit des conquérants).

Or, la France a un long passé ouvrier marqué par de nombreux acquis sociaux. La solidarité n'est pas l'une des devises de la République, mais elle s'est imposée au 20ème siècle, au travers de l'action syndicale et des lois votées par le Parlement (ou le Conseil National de la Résistance de 1944 à 1947). Dans "Le quai de Ouistreham", on voit une partie de la population s'enfermer dans une paupérisation durable. Et ça, ce n'est pas acceptable au 21ème siècle dans un pays dont la richesse globale est une réalité.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, et afin de fixer des objectifs économiques stratégiques à tous les acteurs concernés (entreprises, marchés financiers, régions, ...), a été mis en place un "Commissariat Général du Plan".  Ainsi, l'Etat planifiait sur des périodes de 3 à 4 ans ses réformes majeures pour moderniser l'économie, mais aussi pour la dynamiser et la rendre plus concurrentielle. Cette implication du Gouvernement dans l'économie du Pays faisait la singularité de la France, mais ses détracteurs ne se lassaient pas de la comparer aux économies planifiées des régimes communistes. Mais la mondialisation en a sonné le glas ! Entre la construction européenne qui donnait le tempo des réformes économiques fortement empreintes de libéralisme (l'Europe a été le laboratoire de l'OMC), et une globalisation de l'économie qui vit au rythme des marchés financiers, les gouvernants qui se sont succédés depuis 30 ans ont été incapables de positionner la France dans ce vaste échiquier. Et il était alors plus simple de laisser les fameuses "lois du marché" rythmer nos stratégies économiques. Fini Le Plan, et voilà les petits plans (plans de la ville, plans Etats-Régions, plans d'aménagement du territoire, plans de relance, ...).

Aujourd'hui, il n'y a plus de pilote dans l'avion France, juste un roitelet et sa cour. Il est urgent pour 2012 que le pays se choisisse un Gouvernement de vraie rupture, il faut libérer les français du poids que la situation économique fait peser sur chacun d'eux et il faut affronter collectivement le challenge d'un pacte social fondé sur la solidarité.

Commentaires

je trouve votre article intéressant, mais votre passage sur le "glorieux" chômeur américain, qui a "gardé l'esprit des conquérants" me semble très ambigu !
bien sûr, "vous" vous avez retrouvé du travail... mais avez vous pensé que tout le monde n'a pas la même équation,( les mêmes relations, le même âge, le même bagage... la même chance ?).

Écrit par : vieille dame | 17/08/2010

Non, pas glorieux du tout le "poor worker" US ... Mais les américains ont conservé de leur courte histoire cet état d'esprit très individualiste où leur destin ne tient qu'entre leurs seules mains. D'ailleurs, le cinéma américain n'a cessé de glorifier ces "self made (wo)men" ...

Je suis par contre très conscient que nous ne sommes pas tous égaux face à la crise de l'emploi. Et le pire, c'est pour nos enfants ! Nous n'avons pas le droit d'accepter que les plus défavorisés s'enferment dans une logique de paupérisation de classe et nous devons donc être sans ambiguïté sur le système éducatif et sur la formation professionnelle. Je suis parent d'élève, délégué au CA d'un collège et d'un lycée, et je suis le témoin impuissant d'une dégradation des ambitions et des moyens de l'éducation nationale.

Et là, c'est l'Etat qui est responsable de l'avenir de nos enfants !

Écrit par : Laurent Dupont | 17/08/2010

j'aurais préféré : "soient enfermés" à "s'enferment"...

Écrit par : vieille dame | 20/08/2010

j'ai bien l'impression que vous donnez dans la légende - il ne faut pas confondre le cinéma et les feuilletons américains avec la réalité : allez demander aux gens qui ont perdu leur maison après avoir fait trois boulots par jour pour payer un crédit abusif... allez leur demander s'ils ont bien pris leur destin en main...

Écrit par : vieille dame | 20/08/2010

Je suis peut-être mal informé, mais je n'ai pas connaissance de grands conflits sociaux aux USA. La dernière grève US que les média français ont relaté est celle des scénaristes d'Hollywood ...
Bien sur qu'au lendemain de la crise des subprimes nous avons vu des centaines de familles US expulsées de leur domicile, et il y a bien eu l'organisation de quelques contestations, mais aucun soulèvement social majeur ...
Et quand je vois le mal que Obama a rencontré pour faire passer sa loi sur le système de santé, système qu'une majorité d'américains voient comme du communisme alors qu'ici en Europe on parle de solidarité sociale, alors oui je m'interroge sur le sens de l'intérêt général que peuvent partager les citoyens américains. Et le cinéma est à l'image de la société qui est visée.

Écrit par : Laurent Dupont | 20/08/2010

Le terme de solidarité est devenu grossier. La seule règle est celle de l'individualisme, de l'égoïsme décomplexé. Chacun pour soi et débrouillez-vous comme vous pourrez. Si vous ne vous en sortez pas, c'est nécessairement votre faute, même si le chômage est un problème structurel. Notre monde et notre époque ne sont pas moins barbares qu'il y a 200 ans.

Écrit par : Kibi | 15/02/2013

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