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24/06/2010

On en deviendrait presque anti-capitalistes ...

Comme d'habitude, je donne dans la provocation pour aborder un thème qui est au coeur de la transformation sociétale de nos Etats modernes. Mon propos ne sera pas de faire le procès du capitalisme, mais plutôt de montrer comment le capitalisme a évolué pour imposer aux collectivités locales une compétition qui les réduit au rôle de gogos de l'économie mondialisée.

Mais si la population active reste dans tous les cas exploitée au profit d'actionnaires avides de dividendes, c'est le rôle des collectivités locales et des citoyens qui a changé. Ce ne sont plus les entreprises qui investissent dans la sphère sociale de la commune, via des équipements et des infrastructures qui bénéficieront à leurs employés, mais ce sont les collectivités qui apportent une aide financière ou administrative aux entreprises qui viennent les courtiser. Il y a un siècle, c'est l'actionnaire qui investissait dans le social ; aujourd'hui, c'est le contribuable qui investit dans l'économie !


Je suis né en 1964 et ma culture économique s'est développée en même temps que s'effondrait le capitalisme industriel français, laissant des cités ouvrières devenir des zones socio-économiques sinistrées. Je me souviens bien évidemment des cités du Nord et de l'Est avec les industries minières et sidérurgiques, mais il y avait aussi les chantiers navals de St-Nazaire, Michelin à Clermont-Ferrand, Manufrance à St-Etienne ou encore Renault à Boulogne-Billancourt.
Le 20ème siècle a été marqué par ces industries qui ont construit ou aménagé des villes pour bénéficier de ce que l'on appellerait aujourd'hui de l'efficience sociale. Les industriels construisaient des cités, mais ils finançaient aussi les équipements publics (stades, gymnases, espaces culturels, écoles, ...) et les infrastructures de transport (routes, canaux et rail). Et sans occulter la condescendance, voire le mépris que ces grandes familles industrielles avaient à l'égard de leurs ouvriers, elles faisaient tout pour les rendre les plus opérationnels possibles.

Edouard Michelin
Louis Renault
Tomas Bat'a

Et si ces grandes familles industrielles ont dessiné les villes du 19ème et du 20ème siècle, tout comme d'ailleurs les religions avaient façonné les cités quelques siècles auparavant, nous assistons désormais à la pauvreté des politiques urbaines. En dehors de quelques personnalités politiques "éclairées", la presque totalité des politiques n'ont aucune perspective urbaine pour leur commune. Aujourd'hui, les villes s'étendent en multipliant les ZAC et les petits lotissements pavillonnaires ... Toutes les villes se ressemblent avec un centre ancien que l'on tente de protéger, ou alors qui tombe entre les mains d'aménageurs qui les sanctuarisent, et au delà des banlieues et des entrées de ville avec leurs surfaces commerciales et des enseignes comme seul paysage.

Depuis quelques décennies, les villes se pliaient en quatre pour attirer les grands groupes industriels (Toyota, Smart, Daewoo, Coca-Cola, Continental, ...). Tout était fait pour faciliter l'implantation de pôles de compétence industriels, des facilités d'urbanisme aux subventions publiques. Et puis la crise de ces dernières années est venue anéantir ce modèle économique ; des employés trop spécialisés dans un secteur particulier doivent repartir de zéro pour espérer retrouver un emploi, et souvent ailleurs ...

Mais bizarrement, l'échec d'une telle politique économique n'est pas arrivé aux oreilles des décideurs politiques du Coeur d'Hérault. Là, on reproduit exactement les mêmes erreurs qu'il y a vingt ou trente ans dans toutes les grandes villes de France ; la commune minimise les contraintes urbanistiques et la communauté de communes aménage pour pas cher.

Serge Papin

Par le passé, les groupes industriels prenaient sur leur chiffre d'affaire pour financer les infrastructures et les équipements publics ; il suffit de se balader à Clermont-Ferrand, à Carmaux, au Creusot, à Boulogne-Billancourt ou encore à Villeneuvette pour voir comment ce capitalisme industriel et familial a marqué ces villes.

Mais aujourd'hui, ce sont les collectivités locales qui puisent dans leur budget pour faire des ponts en or à des capitalistes modernes. Ainsi, pour pourvoir à quelques centaines d'emplois le plus souvent peu qualifiés et précaires, les communes font payer le contribuable. Dans le cas de Clermont l'Hérault et du projet de la Salamane, ce sont déjà 1,6 M€ de subventions publiques qui viennent éponger le déficit budgétaire la ZAC. Mais le compte n'y est pas encore pour les acquisitions foncières où il manquera près d'un million d'euros. Sans oublier les aménagements routiers sur la RD2 que le Conseil Général ne souhaite pas financer, il laisse l'aménageur assumer sa responsabilité.

Par contre, je ne me mettrai pas à préférer Edouard Michelin à Serge Papin pour un simple argument financier. Socialement, ces deux formes de capitalisme sont tout aussi condamnables. En aucun cas le salarié ne s'y retrouve ... alors que les actionnaires sont toujours gagnants ! Un autre modèle économique doit se développer, et c'est celui de l'économie sociale et solidaire. Il ne faut pas l'opposer frontalement au modèle capitaliste dominant, mais il faut le rendre plus accessible. Ce tiers secteur qui couvre les sociétés mutualistes, coopératives ou associatives offre un véritable espoir pour des millions de nos compatriotes que le capitalisme laisse au bord du chemin.

Commentaires

"Il ne faut pas l'opposer frontalement au modèle capitaliste dominant, mais il faut le rendre plus accessible." ah oui ? pourquoi l'opposition frontale ne vous parait-elle pas possible ?

Écrit par : vieilledame | 24/06/2010

Je ne suis jamais favorable aux oppositions frontales, surtout quand le rapport de force est très inégal. C'est un peu comme vouloir stopper un convoi lancé à vive allure, juste en se plaçant en travers de la route et en criant "Stop" tout en agitant les bras ... Je trouve préférable de monter à bord du convoi et d'essayer de le faire changer de trajectoire. Et c'est aussi pourquoi j'ai choisi l'action politique, plutôt que des éngagements syndicaux ou associatifs. On le voit sur la Salamane, mais aussi sur la réforme des retraites, ce sont toujours ceux qui tiennent le manche qui avancent sans se soucier du bruit autour d'eux.

Écrit par : Laurent Dupont | 27/06/2010

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