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23/01/2010

Pupilles de l'humanité ou vecteurs d'audience médiatique ?

Elle n'est pas idiote l'idée de Régis Debray de créer un statut de "pupille de l'humanité" pour les nations touchées par des catastrophes naturelles ou humaines (cf. Le Monde du 20 janvier 2010) ; à l'image évidemment des "pupilles de la nation" qui affectent les enfants dont les parents sont morts pour la France à la guerre.

Il s'en dégage néanmoins le sentiment qu'à moins de 100.000 morts et des images passées en boucle à la télé pendant au moins une semaine, ce statut de "pupille de l'humanité" servira surtout à focaliser l'attention du grand public sur des situations qui invitent évidemment à la fraternité, mais qui occulteront tout le reste de la misère humaine subie sur la planète.

Le paludisme tue quelques millions de personnes chaque année (un mort toutes les 30 secondes, dont une majorité d'enfants de moins de 5 ans). La faim est par ailleurs la première cause de mortalité dans le monde : 24.000 personnes meurent de faim chaque jour, c'est à dire une personne toutes les 4 secondes.

Et la faim est tristement accompagnée par l'insalubrité qui est elle aussi l'un des grands facteurs de mortalité dans le monde.

eau_potable.jpg


L'absence d'eau potable, et donc les maladies qui en découlent, tue 1,8 millions d'enfants par an.

Ainsi, les pays riches auxquels fait allusion Régis Debray n'ont pas à se focaliser uniquement sur les quelques foyers catastrophiques que la télévision nous sert à l'heure du repas, non, la détresse humaine est bien plus diffuse et elle nécessiterait que l'ONU (et l'UNICEF) disposent de moyens opérationnels pour l'endiguer.

La solidarité envers les populations les plus exposées à la faim, aux maladies, aux guerres et aux excès de la nature doit faire l'objet d'un programme mondial ambitieux et réaliste. Que les ambassadeurs Clinton et Bush aillent passer une semaine dans un bidonville d'Amérique Latine, d'Inde ou d'Asie, et alors peut-être pourrons-nous adhérer à une démarche de solidarité conduite par l'ONU.

18/01/2010

L'Europe, ou est son Président ?

Le traité de Lisbonne était l'alpha et l'oméga du projet politique de l'Union Européenne. Ratifié à l'arrache en 2009, l'Union avait accouché d'un Président et d'une représentante pour la politique étrangère en novembre 2009, en la personne du Belge Herman Van Rompuy et de la Britannique Catherine Ashton. Mais depuis, plus aucune nouvelle ... Peut-être ont-ils été kidnappés ? Et n'ont-ils jamais existés ? Peut-être des avatars déposés sur la planète Europa ...

Van_Rompuy.JPG

Et pendant que Barack Obama ressort Bill et Georges des placards de la Maison Blanche, et que Mme Clinton assure la logistique sur le tarmac de l'aéroport de Port-au-Prince, les européens sont étrangement absents. Pas leurs ONG, mais bien leurs représentants politiques ! A croire que Angela et Nicolas ne veulent pas voir notre nouveau Président de l'Europe profiter de l'occasion pour exister sur la scène internationale ... Mais imaginons un instant que le tremblement de terre à Haïti ait eu lieu sous Présidence Française de l'Union Européenne, Sarkozy et ses ministres se seraient transformés en tsunami politique.

Bon, si dans tous les cas quelqu'un a des nouvelles d'Herman et de Catherine, laissez un commentaire.

 

21:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)

15/01/2010

Une société humaniste ou des sociétés humanitaires ?

Il y a 6 ans, un tsunami faisait plus de 200.000 morts dans les pays qui bordent l'océan Indien. Cette semaine, des dizaines de milliers de personnes périssent dans le tremblement de terre à Haïti. Je cite ces deux catastrophes récentes très médiatisées, mais il y a tous les ans des phénomènes naturels qui touchent cruellement des populations démunies. Et à chaque fois, la solidarité internationale et le travail des ONG sont largement salués, fortement encouragés. Nous sommes dans une période historique où l'émotion collective est exaltée, et nous entretenons une culture des causes humanitaires ...

A côté de ça, l'humanisme devient un idéal ringard. Aider les pays du Sud à se développer, et par exemple à construire des villages et des villes qui puissent résister aux excès de la nature, c'est un leitmotiv que l'on retrouve dans tous les programmes politiques, mais ça s'arrête là. N'importe qui comprend que de changer régulièrement ses plaquette de frein évite d'avoir un jour à dénombrer des proches parmi les victimes d'un accident de la route ... Alors pourquoi n'en serait-il pas de même vis à vis des pays les plus démunis ? L'aide humanitaire pour les pays victimes du tsunami du 26 décembre 2004 s'est élevée à 5 milliards de dollars US ... Et si cet argent avait été investi plus en amont, quelques années auparavant, dans la modernisation de ces pays ?

Mais l'humanitaire est aujourd'hui un business ; d'ailleurs, il contribue au PIB des pays contributeurs à partir du moment où l'aide est perçue comme un flux monétaire (réparation, remplacement, indemnisations, ...). Et c'est aussi un facteur d'audiance pour les média de toute la planète selon la loi dite du "mort pondéré". Selon Daniel Schneidermann, dans Libération du 13 avril 2009, "un tremblement de terre, pour une chaîne de télévision, c’est la certitude d’amortir le déplacement de l’équipe avec plusieurs soirs de suite d’images émouvantes".

Personnellement, je zappe tout reportage et toute émission sur ce tremblement de terre ; je me contente de quelques brèves sur Internet. De même, je ne libèrerai pas ma conscience en faisant un don humanitaire ; ça me donnerait même le sentiment d'acheter ma mauvaise conscience ... Maintenant, si les "pays riches" consacraient une partie de leurs recettes financières pour aider les "pays pauvres", alors j'y souscrirai bien volontiers. 

23:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)