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15/11/2009

Serge Papin, quel écolo est-il réellement ?

Un livre d'entretien est sorti cet automne, "Consommer moins, consommer mieux". Si la participation de Jean-Marie Pelt n'est pas surprenante, celle de Serge Papin, PDG de Système U, pouvait promettre au lecteur un échange vif et contradictoire. Mais que nenni, le fondateur de l'enseigne U se révèle au fil des pages un avant-gardiste, un homme conscient des changements en cours et nul ne s'étonnerait de le voir signer la pétition contre l'implatation d'une plate-forme logstique de Système U à la Salamane. Pour s'en convaincre, voici quelques uns de ces propos piochés dans le livre.

    
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 "Les Français, en tous cas, sont prêts au changement. Je partage votre avis, ce ne sont pas les réformes actuelles défendues par des intérêts corporatistes, parfos contradictoires, qui permettront de dessiner les contours de la société que nous voulons pour demain. D'autant que la crise a bouleversé tous les repères. Malheureusement, nous avons des élites - les élus et la technostructure administrative - fonctionnant sur un modèle qui n'est plus en phase avec les attentes de la société. Il y a un divorce. Quand Nicolas Sarkozy promet pendant sa campagne et depuis qu'il est à l'Elysée le 'travailler plus pour gagner plus', je ne crois pas qu'il réponde à une aspiration profonde de la société. Ce qu'attendent les gens, avant tout, c'est qu'on leur propose de travailler mieux pour vivre mieux."

"Au fond - et là je sais que je suis dans l'utopie - il faudrait en politique avoir comme cela un peu de bon sens. Le problème est qu'aujourd'hui personne n'est capable de dire de quelle manière on peut faire appel aux citoyens pour qu'ils contribuent collectivement à faire évoluer notre modèle de société. Pourtant, ils sont prêts à le faire ! La difficulté, c'est de repenser un projet de société en France, dont le modèle républicain de répartition des richesses (avec tous les excès qu'il a pu susciter) reste valide. Or, au moment où ce modèle avait besoin d'être défendu, parce qu'il était intéressant et favorisait les classes moyennes, nous nous sommes orientés vers un modèle plus libéral à l'anglo-saxonne."

"Il y a de l'espoir avec les générations suivantes. Si on écoute les trentenaires, c'est assez frappant. Ils n'ont connu qu'Internet, ils ont une grande conscience sociale, une conception du travail beaucoup plus collaborative et un rapport à la hiérarchie très particulier. C'est à eux de déterminer la société qu'ils veulent pour demain. Encore faudrait-il leur poser la question. Je suis confiant. Comme les hommes politiques ne marchent qu'à l'opinion, c'est la pression de l'opinion qui les conduira à changer. Je l'ai dit, c'est la demande qui change l'offre. En démocratie c'est pareil."

"Le bon côté de la crise économique que nous traversons, c'est qu'elle peut fournir l'occasion de ce changement de modèle de société. Je ne prétends pas avoir de solutions toutes faites. Je sais à quel point il est difficile de concilier les réponses à donner dans l'urgence à la crise et une vision à long terme qui demande tellement de force de conviction et d'adhésion. Pourtant, l'opinion est prête. C'est le moment. Le Grenelle de l'environnement a été un bon coup d'envoi, très médiatisé. Il faut désormais aller plus loin. Pourquoi ne pas faire sur ces sujets une sorte de commission Attali qui aurait vocation à faire des propositions de manière transversale pour faire évoluer notre modèle de société."

"La seule chose qui m'inquiète, c'est que dans les cinquante ans qui viennent, nous serons 9 milliards d'êtres humains sur la planète. Il est certain qu'à un moment il faudra trouver une solution et vite, parce que si tout le monde veut accéder à nos modèles occidentaux de développement, cela risque d'être compliqué. Ma grande crainte par rapport à ça, c'est qu'un jour nous ayons une dictature environnementale à ce motif. C'est pour ça qu'il est urgent de trouver d'autres modèles de développement."

"Le problème reste que, pour l'instant, nous ne savons pas faire sans croissance. Notre modèle économique est entièrement fondé sur le développement continu de la consommation. C'est elle qui participe au développement des entrprises, elles-mêmes contribuant à alimenter le PIB. Jusqu'à présent, ce modèle a plutôt bien fonctionné dans nos pays occidentaux, avec des résultats tangibles et une certaine prospérité. La crise économique et financière doit cependant nous amener à nous poser des questions. Nos responsables politiques et  économiques ont l'air de penser que nous sommes en train de vivre une pause dans la croissance et que tout cela va repartir comme avant, à condition de prendre les bonnes décisions et d'investir beaucoup d'argent. Et si la croissance ne repart pas ? Et si ce modèle n'est plus le bon ?"

"Le bon modèle, c'est la liberté. Victor Hugo disait : On peut résister à l'invasion d'une armée, mais pas à celle d'une idée dont le temps est venu. J'aime beaucoup cette phrase. Aujourd'hui, le temps est venu."

"Nous sommes à une période charnière. Les consommateurs sont prêts à modifier leur comportement d'achat, et pas seulement sous la contrainte économique. Les discours écologiques sur l'avenir de la planète, les prises de position des scientifiques et les penseurs sur ces questions ont commencé à irriguer l'opinion. Et quand les deux consciences se rejoignent, cela se traduit fatalement par des évolutions dans les modes de consommation. Ce sont les consommateurs qui modifieront au bout du compte les modes de production et le système tout entier. Pour moi, le point d'inflexion entre l'intention et l'action, c'est indiscutablement le Grenelle de l'environnement, organisé sous l'égide de Jean-Louis Boorlo en octobre 2007. On peut en penser ce que l'on veut politiquement, estimer que les plans d'action gouvernenentaux retenus à son issue ne sont pas les bons, que les décisions ne vont pas assez loin, mais sa principale vertu, c'est d'avoir fait de la pédagogie auprès des citoyens."

"Encore une fois, nous sommes des commerçants qui répondent à une demande. Si demain il y avait une demande de 100% de produits bio, on ferait 100% de bio. Ce n'est pas le cas aujourd'hui, et quand bien même cela le serait, nous aurions du mal à trouver des fournisseurs. [...] Ca commence. Il y a pas mal d'agriculteurs qui s'installent en bio. Leur nombre augmente, parce que tout simplement la demande augmente."

"Il ne faut plus que nous nous contentions simplement de satisfaire les besoins du consommateur, nous devons aussi afficher nos convictions dans nos magasins. Faire de la pédagogie : expliquer que si nous proposons des produits locaux, c'est parce que cela favorise l'emploi au pays ; et que si nous faisons du bio, c'est parce que cela respecte à la fois la planète, la santé et le producteur."

"Pour parler concrètement de ce que fait Système U, toutes nos actions sont désormais vérifiées à l'aune du développement durable. Tout est fait pour diminuer les conséquences de nos modes de fonctionnement sur l'environnement. "


Serge Papin sera le 30 novembre à Montpellier à l'invitation de la CRCI pour présenter ce livre. Ce sera à la Maison des Etudiants de 18h à 20h à l'Espace Richter. Inscriptions avant le 26 novembre auprès de commerce@languedoc-roussillon.cci.fr. Avec de tels propos, nul doute qu'il signera notre pétition ;-)

18:05 Publié dans CCC | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour,
Je cherche à joindre Mr Serge Papin que j'ai bien connu alors que j'étais fournisseur de l'hyper U de Chantonnay, de la centrale SU Ouest et directeur d'usine pour le compte de la société Fournil du Maine. L'objet de ma recherche consiste à trouver un sponsor au profit de ma belle fille qui a comme projet de participer au marathon de New-york.
Elle a couru celui de Paris en 2009 et a terminé 89 éme dans sa catégorie. Lorsqu'elle m'a évoqué son projet, j'ai immédiatement pensé à Monsieur Papin.
Je vous remercie pour l'intérêt que vous accorderez à ma démarche.
Meilleures salutations
Bruno LEMAITRE
Tél: 06 63 21 64 78
Mail: bruno-le-maitre@orange.fr

Écrit par : Bruno LEMAITRE | 05/04/2010

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