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11/09/2009

Grippe A pour "alibi", celui de faire passer la casse de l'Education Nationale pour une nécessité d'intérêt général

Claude Allègre voulait se taper le mammouth, mais cela fait des années que des politiques et des intellectuels libéraux souhaitaient la mort de notre système éducatif. Les effectifs de l'Education Nationale et son budget sont sans cesse stigmatisés et son efficacité est systématiquement remise en cause. Le gouvernement nous démontre ainsi que malgré une hausse régulière des enseignants, les résultats n'ont pas progressé dans la même proportion. Alors pourquoi ne pas essayer l'inverse ?

Et voilà que la Grippe A (H1N1) intervient ... Laissons pour une autre note les enjeux financiers de la pandémie, et attardons-nous un instant sur le fameux kit de l'élève. Désormais, au moindre mouvement de grève, à la moindre fermeture (provisoire ou définitive) d'un établissement scolaire, et en cas d'impossibilité de s'inscrire à l'école, la réponse sera sur http://www.academie-en-ligne.fr/
Des cours, des conférences, des travaux pratiques, du soutien à distance, plus besoin d'investir dans des bâtiments, dans du matériel et dans des professeurs. Les élèves auront des encyclopédies au bout de la souris, ils pourront enchaîner les niveaux des exercices pour un même sujet, à leur rythme. C'est vrai, les jeunes préfèrent glander derrière un écran plutôt que d'aller au bahut, alors laissons les zapper entre la télé et les enseignements à distance. Idéal aussi pour les jours d'absence ... Un week-end prolongé en famille au ski ou à la mer, pas de problème ; on rattrape sur le Web. Et puis on aménagera quand même des heures de contrôle en classe, juste pour assurer un minimum de sociabilisation ... et justifier les indemnités du ministre et de ses collaborateurs.

Et ceux qui n'ont pas d'ordinateur relié à Internet ? De toutes façons, c'est marginal et ce sont déjà les élèves pointés du doigt dans les écoles ; leur condition sociale ou familiale est un handicap suffisamment lourd pour que l'accès au Web en devienne dérisoire. De plus, ils ne perturberont plus ceux qui veulent bosser.

A l'inverse, les parents qui le peuvent inscriront leur progéniture dans des structures périscolaires ; ils pourront y avoir du soutien (math, français, langues vivantes, ...), mais ils pourront aussi aller au théâtre, au musée, à la montagne, etc.

L'école à la carte, quoi ! Quant aux enseignants du secondaire, il y en aura de moins en moins. On se souviendra de nos profs de math avec un brin de nostalgie, mais la majorité s'accordera à dire que c'est quand même plus sympa d'apprendre les maths à son rythme et avec les moyens que l'on veut se donner. Et sur le Web, on pourra même configurer l'avatar du prof de math : l'avatar de Nicolas (pour les plus motivés) ou celui de Carla (pour les plus rêveurs) ...

En parallèle, se développent dans toutes les académies de l'hexagone les Espaces Numériques de Travail (ENT) ; ils permettront aux élèves et aux parents de communiquer avec l'établissement. Les élèves pourront y télécharger leurs devoirs, leurs exercices et les mots de la vie scolaire. Les parents pourront échanger avec les enseignants, consulter le carnet de liaison, télécharger les relevés de notes, payer en ligne la cantine, etc. Ca, c'est déjà en place dans quelques académies et ça se déploie rapidement. Les plus enthousiastes diront que cela créé un lien plus étroit entre tous les acteurs de la sphère éducative, plus de réactivité. Ceux que l'on qualifiera de passéistes regretteront cette individualisation de la société, chacun derrière son écran avec sa souris ou sa zapette. Quant aux élèves, l'aspect ludique de ces technologies l'emporte sur toute autre considération. Ainsi, à les écouter, ils étaient unanimes à vouloir mettre leur main dans une borne biométrique ... Mais c'était oublier notre rôle d'adulte et je me félicite que des collectifs se soient montés un peu partout et que ces projets aient été abandonnés ; pour l'instant.

Ai-je décrit ici un scénario imaginaire ? Malheureusement, non! C'est la nouvelle Education en Ligne que nous préparent nos gouvernants ... Et d'ici quelques années, cela sera organisé à l'échelle de l'Europe, tout en anglais. Etrangement, personne ne dit trop rien ... Je n'ai rien vu du côté des syndicats d'enseignants ... ni des partis politiques. Alors moi je m'indigne, je m'inquiète, je cauchemarde et je désespère. Est-ce que l'avenir c'est vraiment le cours de math à la télé ou sur le Web entre un bout de Secret Story et un épisode de Koh-Lanta ? Et un SMS aux parents quand l'élève a raté 3 connexions aux sites Web ...

16:05 Publié dans Education | Lien permanent | Commentaires (0)

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