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03/09/2009

ZAC de la Salamane, un projet qui va dans le sens inverse de l'histoire !

Hormis le communiqué du mois de juillet, je ne me suis pas encore exprimé ici sur le fond de ce projet. Au delà des coûts, des effets nuisibles immédiats et des conditions incroyables négociées entre Système U et la Communauté des Communes du Clermontais (CCC), il faut s'attarder sur ce que représente ce projet. Il y a certainement une part d'idéologie dans les propos qui vont suivre, mais ce débat illustre aussi une crise idéologique ! Par quel idéal sont mus nos élus ?

Aujourd'hui, plus personne n'ignore la fragilité de ces zones d'activité qui se concentrent sur une mono activité. Ces douze derniers mois ont été marqués par des conflits très durs, sur des territoires touchés par les fermetures d'entreprises alors qu'il y a peu les collectivités locales en faisaient leur Eldorado. "Relocaliser l'économie" n'est pas un slogan politique lancé comme ça par quelques experts, mais c'est une réponse pérenne à l'échec patent de la globalisation de l'économie capitaliste. Miser maintenant la réussite d'un projet comme la ZAC de la Salamane sur des échanges internationaux de marchandises, c'est faire preuve d'une forme d'autisme politique aggravé. Parce que le projet porté par Système U, c'est de stocker dans 60.000 m2 de hangars des produits alimentaires et manufacturés qui viendront des quatre coins du monde afin d'approvisionner le réseau des magasins U de Menton à l'Atlantique, et avec un facteur de saisonnalité important. Un tel projet est l'héritage désuet d'une économie marchande qui va être confrontée à la hausse du prix des énergies fossiles. Le coût croissant des transports par avion cargo ou par bateau pour remplir les hangars, et le coût qui sera de plus en plus élevé pour le gazole des noria de camions qui vont approvisionner le réseau U du sud de la France, voilà déjà un facteur économique très défavorable. Et je ne parle même pas de l'impact environnemental ... A l'heure où tous les partis politiques s'accordent sur la nécessité d'une fiscalité écologique, un tel projet devient un contresens historique.

La plaine de la Salamane est une riche terre agricole de plusieurs dizaines d'hectares. Préférer artificialiser cette terre plutôt que l'exploiter pour nous nourrir, voilà encore une aberration. Le législateur a par exemple décidé d'introduire de plus en plus d'alimentation bio dans le repas de nos enfants, à la cantine, mais nous manquons de produits alimentaires bio. Sauf à les importer du Kenya ou d'Egypte ... En parallèle, de nombreuses personnes sont désireuses de s'installer en maraîchage, en arboriculture ou en élevage, voilà des emplois non délocalisables et moins précaires que cariste chez U ! Il y a là un modèle économique pertinent et de qualité à développer, avec de l'écotourisme à la clé sur un territoire qui ne manque pas de sites remarquables.

ZAC_Salamane.JPG
Vendargues.JPG
Ces deux images satellites de même échelle représentent le site actuel de la Salamane à gauche et le site de Vendargues à droite où se trouve déjà une plateforme logistique de Système U. Sans simplfier à l'extrême la projection en superposant les deux images, on ne peut pas s'empêcher d'imaginer à quoi pourrait ressembler cette plaine d'ici quelques années ...

Ces quelques lignes ne suffisent pas à produire un argumentaire détaillé contre le projet de ZAC à la Salamane, mais j'ai souhaité illustrer ici la cécité dont font preuve ceux qui portent politiquement un tel projet. On ne peut pas arguer du seul critère "emploi" pour justifier le soutien à une activité économique. L'histoire récente a montré que les critères sociaux et environnementaux sont trop souvent laissés de côté, et il faut regretter que les mêmes élus qui portent une démarche d'Agenda 21 local votent aussi pour un tel projet qui s'assied sur les principales finalités de la démarche Agenda 21. Alors oui, on peut se demander si les politiques ont encore un idéal ... Si le 20ème siècle a été marqué par deux idéologies dominantes, le socialisme et le capitalisme, force est de constater que nos élus, nos politiques donc, ne se revendiquent plus aujourd'hui d'aucune autre idéologie que celle de la "gestion courante des affaires". Pour ma part, je suis persuadé que l'écologisme sera l'idéologie du 21ème siècle. C'est comme pour la décroissance, même si nous ne choisissons pas de nous en saisir de façon responsable, c'est l'histoire qui nous l'imposera.

Les habitants de ce Coeur d'Hérault ont déjà manifesté leur opposition à de tels projets qui ciblent l'intérêt financier de quelques uns au détriment du patrimoine de tout un territoire. Le projet de golf-hôtel sur le Salagou, le projet de circuit automobile, le projet Mondavi à Aniane sont quelques uns des combats menés par les associations locales. L'opposition au projet d'aménagement du Mas Dieu, où le groupe Vivendi avait prévu d'y installer une décharge, s'est transformé au bout de quelques années en un projet d'aménagement global, bien plus respectueux du patrimoine naturel et plus attentif aux retombées socio-économiques locales. Idem pour l'ancien site de la Cogèma à Lodève où les associations riveraines veillent aux conséquences sanitaires d'une ré-industrialisation du site. Ce territoire n'est pas non plus un village Gaulois qui résiste à l'envahisseur, ce serait trop caricatural, mais il faut au contraire se féliciter d'avoir des populations si exigeantes en matière de qualité de vie. Alors, pourquoi ne pas les consulter préalablement à tout projet ?

Mesdames et messieurs les élus du Clermontais, pourquoi ne pas lancer un débat public sur l'avenir de notre territoire ? Mais pas en posant la question binaire "oui ou non à la ZAC de la Salamane". Donnons-nous le temps de construire un schéma de cohérence territoriale et laissons tous les acteurs locaux prendre part au débat, sans à priori !

Plus d'informations sur le site du Collectif de la Salamane que je soutiens : http://salamane.hautetfort.com/

00:08 Publié dans CCC | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Nicolas Hulot était à Montpellier pour présenter son film "Le syndrome du Titanic". Je reprends ici l'un de ses propos :"le modèle économique dominant n’est plus la solution mais bien le problème. Ce capitalisme sauvage qui réduit tout à l’état de marchandise et dont nous avons fait notre habit de lumière."

Écrit par : L. Dupont | 17/09/2009

Pierre Rabi était à Montpellier pour une conférence intitulée : “En mouvement pour la terre et l’humanisme”. Je reprends ici l'un de ses propos : "Nous sommes au bord du précipice et nous allons faire un pas en avant".

Écrit par : L. Dupont | 17/09/2009

La destruction silencieuse




Hervé Kempf - 25 janvier 2010



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Oh, splendide élan ! Magnifique concert ! Les premiers trilles s’élèvent, préparant le choeur des pleureuses, bientôt la voix héroïque du ténor enchaînera l’air de la mobilisation : « Biodiversité, bio bio bio-diversité, biodiversité, c’est la, c’est la, c’est l’aaaannée, ô l’année, l’année, de la bio, de la bio, de la bio-di-ver-si-té ! » Le final se prépare : « Sauvons, oui, sauvons, sauvons la biooooo, la biooooo, sauvons, oui, sauvons, c’est l’année, sauvons, la bio-di-ver-si-teeeee ! » Boum !

On va pleurer sur le sort du lamantin du Brésil, des forêts de Papouasie, du requin-marteau des Galapagos, se précipiter voir Océans et Avatar. Mais pendant qu’on regarde ailleurs, le massacre continue ici.

La biodiversité, en France et en 2010, qu’est-ce ? Des champs, de l’herbe, des terres où l’eau pénètre, où les semences prennent racine, où les vers de terre pullulent... Eh bien, ces champs, ces herbes, ces terres, on les recouvre par milliers d’hectares de béton et de ciment avec une inconscience qui vire au criminel. C’est ce que nous rappelle un dossier de Campagnes solidaires, le mensuel de la Confédération paysanne. La France gaspille les terres en les artificialisant à un rythme effréné.

Artificialisation des sols ? Un mot compliqué, une réalité tristement banale : parkings, zones industrielles, voies de TGV, autoroutes, aéroports, bases logistiques, centrales solaires, maisons individuelles, centres de loisirs... Philippe Pointereau, dans une étude (dont une version détaillée se lit dans le Courrier de l’environnement de l’INRA, n° 57, 2009), montre que la transformation des terres agricoles en urbanisation sous toutes ses formes se poursuit au rythme de 66 000 ha par an soit, en dix ans, plus que la surface moyenne d’un département.

La démographie n’explique pas le phénomène : la « consommation » d’espace naturel croît bien plus rapidement que la population. Grande responsable : la maison individuelle, qui pousse à l’étalement urbain et à de nouvelles infrastuctures de transport et autres surfaces bétonnées. Egalement en cause, une indifférence générale à l’espace, aux paysages, à la nature. Sans oublier qu’il est presque toujours plus facile pour un élu - en raison, certes, de l’indifférence de ses mandants - de « développer » son territoire en l’urbanisant que de chercher à concentrer l’habitat et à maintenir des exploitations agricoles vivantes. Quant à la biodiversité, cette nature banale qui est indispensable à l’équilibre de l’écosystème, cette respiration simple de la terre, on s’en fiche, en gémissant sur le sort des tropiques, ce qui a le grand avantage de ne pas gêner, ici, la spéculation foncière.

Quand comprendrons-nous que l’espace est une ressource rare ? Pointereau rappelle que, si l’on tient compte des importations agricoles, la France n’est plus vraiment autosuffisante. Bah, qu’importe ? Du commerce international et du béton, c’est bon pour la croissance, non ?

Écrit par : paysan | 07/03/2010

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