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22/09/2017

Fin du PTZ en zone rurale, l'opportunité pour mettre fin aux lotissements d'entrée de village, hideux, et pour révonver nos centres anciens

Nous pouvons nous gargariser de « décentralisation » ainsi que de « démocratie locale », il n'en reste pas moins que lorsque l’État n'arrive pas à obtenir ce qu'il veut, alors il ferme le robinet à pépètes. Je l'ai déjà expliqué sur ce blog pour les dépenses de fonctionnement des collectivités locales ; ces dernières restant sourdes aux injonctions de l’État, ce dernier leur a baissé les dotations de fonctionnement tout en mettant en place un fond de soutien à l'investissement local (FSIL) afin qu'elles consacrent leurs investissements dans des thématiques choisies par l’État lui-même (mobilité, tourisme, ...). Et pour sauver les apparences, chacun se contente de son sort, et en s'auto-congratulant au moment des inaugurations.

Le logement est le dernier épisode de ce jeu de dupes ; la situation nationale est connue et inchangée depuis très longtemps, Au 1er janvier 2016, la France comptait 34,5 millions de logements (cf. INSEE). Et en 2012, la France comptait 28,3 millions de ménages (cf. composition des ménages selon l'INSEE). La France a bien plus d'habitations qu'elle n'en a besoin, mais elles ne sont simplement pas au bon endroit :=(

L’État a laissé les collectivités locales établir leur SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale), leur PLH (Programme Local de l'Habitat) et autres documents stratégiques de planification urbaine, mais le constat demeure : il manque toujours des constructions dans les zones en tension (région parisienne, métropoles, territoires littoraux et touristiques, ...), alors que le dépeuplement des zones rurales libère toujours plus de logements qui deviennent sous-occupés.

Alors pour réussir à mieux orienter les constructions nouvelles, le gouvernement a glissé dans son Plan Logement (dévoilé le 20 septembre) l'abandon du Prêt à Taux Zéro (PTZ) en 2018 pour la zone C (rurale), et en 2019 pour la zone B2 (périurbaine). Le PTZ prend en charge les intérêts d'emprunt et il est est accordé, sous conditions de ressources, aux familles achetant une résidence principale pour la première fois. 

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Les communes du Cœur d'Hérault se situent en zone C, et les familles modestes qui veulent devenir propriétaire de leur logement ne pourront plus bénéficier du PTZ à partir du 1er janvier 2018. A noter que ceux qui sont les plus touchés par cette décision sont les constructeurs de maisons individuelles, tous ces aménageurs qui enlaidissent nos villages de leurs horribles lotissements.

Je considère au contraire que cette décision est un atout pour la rénovation de nos cœurs de village. C'est par exemple ce qui s'est passé à Aniane, où le droit à aménager a été suspendu pour des problèmes d'eau, ce qui a conduit la mairie à privilégier la rénovation des habitations anciennes. Et on le voit quand on passe à Aniane, le village se rénove autour de son centre ancien. L'Agence Nationale pour l'Habitat (ANAH) est l'un des acteurs-clés qui accompagne les propriétaires souhaitant rénover leur construction ; les dispositifs et les partenaires locaux ne sont pas assez rendus publics, et c'est bien dommage car cela permet de redonner quelques éclats au patrimoine de nos villages.

Par ailleurs, la préservation des espaces agricoles, et donc la densification de l'habitat sont des orientations que j'approuve vivement. Et mettre fin au PTZ en zone rurale est une opportunité à saisir pour investir dans nos quartiers anciens.

17/09/2017

Saint-Martin & Saint-Barth, sachons en tirer des leçons !

Le drame qui s'est abattu sur les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy début septembre dans les Antilles Françaises ne peut pas s'arrêter aux images diffusées par les chaînes d'info en continu ou par quelques acteurs de la politique nationale en manque de visibilité ; il faut gratter un peu ...

Les images et les témoignages (exclusivement pour Saint-Martin d'ailleurs) évoquaient et continuent d'illustrer un chaos, un effondrement de l’État (déjà si loin de Paris là-bas dans les Antilles), et cela après quelques heures du passage de l'ouragan Irma. Il faut d'ailleurs  pointer l'absence d'anticipation effective des autorités, ainsi que le délai de 48 heures pour que les secours interviennent sur place. Je ne ferai évidemment aucune comparaison avec la Floride ou avec Cuba (où est passé Irma après les Antilles), ce sont là des États avec de vastes territoires qui permettent de se déplacer préventivement, et qui disposent de moyens incomparables avec nos deux îles du bout du Monde.

Néanmoins, il est incroyable que cette partie de la France aux Antilles n'ait jamais constitué un pôle de ressources autonomes, par exemple depuis la Guyane. Nous nous plaignons souvent ici en métropole de vivre dans un État Jacobin, les moyens des collectivités territoriales étant sans cesse rognés, mais soyons sans complaisance vis à vis des moyens que l’État français consacre, ou délègue à ses territoires d'Outre-Mer. Et peut-on parler de pillages quand des familles sans nourriture et sans toit vont se servir dans des magasins abandonnés ? Pour survivre ! Les télés ont montré comment des groupes ont organisé ces razzias, mais c'est inhérent à toute situation sociale chaotique.

Mais surtout, cet effondrement à petite échelle ne doit-il pas nous ouvrir les yeux sur notre extrême fragilité ? Nous savons depuis 40 ans (cf. Rapport Meadows au Club de Rome) que la vie humaine sur Terre va sans cesse s'altérer à cause de la raréfaction des ressources naturelles, des effets du changement climatique, de la survenue de plus en plus fréquente de catastrophes, de la montée des eaux, de migrations climatiques, des pollutions multiples, de la qualité de nos aliments, de pandémies, etc. Aussi, nous pourrions nous attendre à ce que la cinquième puissance mondiale qu'est la France soit un peu plus dans l'anticipation que dans le secours à posteriori. Et si nos départements et territoire d'Outre-Mer, pourtant si coutumiers des catastrophes naturelles, sont si démunis, alors qu'en serait-il en métropole ? Et comment l’État a-t-il pu laisser construire au bord de l'eau, avec des matériaux d'aussi mauvaise qualité ?

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Surtout, et c'est le message que je tiens à faire passer par cette note, les deux îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy alertent sur la résilience des territoires, en fonction des moyens mis en œuvre, mais aussi de la cohésion sociale pour affronter de tels évènements.

Saint-Martin est pour moi un cliché de ce que pourrait être la France périphérique d'ici une à deux décennies. Un taux de chômage endémique (de 27%), une économie présentielle dominante, des inégalités d'un autre siècle entre des populations précaires, souvent issues de l'immigration, et ceux qui profitent de la manne touristique - Cf. Étude de l'INSEE sur l'île de Saint-Martin de décembre 2016 (fichier PDF de 1,9 Mo) - Alors quant survient un évènement d'une telle ampleur qu'un cyclone de catégorie 5 qui prive les populations d'eau, d'électricité, de téléphone, de nourriture et d'un toit pour s'abriter, il ne faut pas s'étonner qu'une forme de loi de la jungle s'impose aux institutions anéanties de la République ; et il est urgent de nous interroger sur notre avenir collectif.

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Sur l'île voisine de Saint-Barthélémy, elle aussi touchée par le même cyclone, avec la même violence et avec les mêmes dégâts, le tissu social a permis d'être plus résilient (cf. images de France 3 & images de France 3). Car Saint-Barth avait misé sur le tourisme de luxe, voire plus familial, alors que c'est le tourisme de masse qui fait vivre Saint-Martin ; les riches propriétaires de villas sur Saint-Barth contribuaient déjà aux infrastructures de leur île, et ils ont répondu présent après le passage de Irma. Laeticia Hallyday, Alessandra Sublet, Estellle Lefébure, Laurence Parisot, ... font partie de ces personnalités qui ont très vite contribué à réparer les dégâts de l'ouragan. On s'entre-aide à St-Barth et c'est chacun pour soi à Saint-Martin ; c'est l'image qui restera au lendemain de cette catastrophe naturelle.

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Mais soyons aussi conscients qu'un tel drame surviendra demain en métropole ; les spécialistes savent que le changement climatique est irrémédiable, et les plus avertis se préparent déjà à survivre à l'effondrement. Un ouragan qui arracherait les lignes électriques de toute une région en métropole la plongerait dans le chaos pour plusieurs jours. Sans électricité, il n'y a plus d'eau au robinet (les pompes des forages sont ... électriques), les pompes à essence sont inutilisables, les paiements et les retraits par carte bancaire eux-aussi impossibles, plus de lumière la nuit, plus de téléphone ni d'accès à Internet, etc. C'est un scénario tout à fait réaliste, et face à de telles difficultés je ne sais pas prédire si l'instinct humain irait vers la solidarité plus qu'à la loi de la jungle ; et le passage d'Irma sur les Antilles ne peut que rendre circonspect.

Nous devons avoir une culture du risque beaucoup plus aigüe, comme l'ont montré les néerlandais sur la partie sud de l'île à Sint Marteen. Il faut protéger nos infrastructures, par exemple avec l'enfouissement des réseaux électriques et télécom, mais aussi disposer d'équipements prépositionnés pour les secours, ainsi que des ressources de première nécessité. Il faut apprendre à devenir plus résilients !

16/09/2017

Macron/Mélenchon, quand l'État veut soumettre la Nation

Il y a deux notions qui sont souvent mises en équivalence, où dont la distinction échappe aux citoyens ; le pire, c'est que l'on entend souvent des femmes et des hommes politiques mélanger les deux, Nation et État. Et aujourd'hui où le paysage politique se cristallise autour de deux personnalités, mais aussi de deux synergies déterminantes, j'ai trouvé pertinent de rapprocher les deux analyses.

Tout d'abord, il est utile de rappeler ici ce qu'est un État et ce qu'est une Nation, et dire comment la France se situe dans cet entre-deux. L’État gouverne un peuple, quelque soit la forme de son régime politique, et dans le souci de l'intérêt général. Un État n'est pas toujours associé à un territoire ou à un régime démocratique. Ainsi, le Vatican est un État, le plus petit du monde avec un millier d'habitants sur 44 hectares à Rome ; c'est une théocratie qui règle sur 1,2 milliard de personnes [baptisées] à travers le monde. L’État s'identifie par un drapeau, par un hymne, par une monnaie, ... tout ce qui lui permet d'avoir des relations avec tous les autres États, mais il s'appuie aussi sur des institutions pour organiser la vie de son peuple et lui apporter tous les services qui permettent de vivre et de se projeter dans l'avenir. Si l’État du Vatican s'appuie sur près de trois mille évêques qui administrent chacun un diocèse, c'est son monarque qui élabore les grandes orientations de son mandat. Dans une République comme la France, l’État s'appuie sur ses institutions : l'école, l'armée, l'hôpital public, les finances publiques, la justice, la diplomatie, ... pour répondre aux besoins de ses populations. Et même le Vatican a une armée et une diplomatie.

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La Nation s'identifie beaucoup plus à un peuple et à un territoire (de naissance ou d'adoption). Et une nation peut ne pas avoir d’État, quand une population vit par exemple sous le joug d'un pouvoir extérieur qui s'est accaparé sa souveraineté. Les peuples kurdes et palestiniens sont ceux dont l'actualité parle le plus ces temps-ci, mais nous avons aussi en France des populations régionales qui revendiquent leur souveraineté et aspirent à se doter de leur propre gouvernement. Prochainement, c'est le peuple de Catalogne qui est invité à participer à un référendum revendiquant son indépendance vis à vis de Madrid.

En France, nous élisons tous les 5 ans le chef de L’État. Mais nous élisons aussi tous les 5 ans la représentation nationale. Historiquement, la France est d'abord un État, bien avant que d'avoir été une Nation après la guerre de 14-18. Tous les rois de France, en passant par François 1er, Henri IV, Louis XIV, et sans oublier des personnalités comme Richelieu, puis d'autres chefs d’État comme Napoléon 1er ont construit la France au fil des siècles. Et c'est en 1914, dans les tranchées, que l’état-major des armées s'est rendu compte que la France n'était pas encore une Nation ; leurs hommes ne parlaient pas la même langue, et chacun avait son « Pays », Provence, Savoie, Bretagne, Flandre, Gascogne, Auvergne, etc. Des provinces qui d'ailleurs au long de l'histoire se sont alliées avec des pays voisins pour rejeter le pouvoir central de l’État français. Et n'oublions pas l'Alsace-Lorraine ... Mais c'est après cette guerre-là de 14-18 que l’État fait Nation, que dans tous les villages de France s'érigent des monuments aux morts, en hommage à tous ceux qui se sont battus pour la Patrie, pour la République. Sur certains monuments, c'est Marianne qui symbolise le sacrifice de la Nation.

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Il est d'ailleurs remarquable qu'en 1919 naisse la Société des Nations (SdN), qui est devenue aujourd'hui l'Organisation des Nations Unies (ONU). Je note d'ailleurs l'ambiguïté de cette institution, car elle réunit des « États membres », mais qu'il y a deux ans l'ONU a autorisé la Palestine à y siéger comme « État non membre observateur ».

Mais j'en reviens à la France de 2017, avec le locataire de l’Élysée qui dirige l’État, et une Assemblée Nationale qui représente finalement de moins en moins le peuple de France. Pire, avec le couplage entre élections présidentielle et législatives, l'Assemblée Nationale est devenue la chambre d'enregistrement des décisions du monarque républicain. Et depuis trois mois, les seules voix qui font écho aux attentes du peuple sont celles de Jean-Luc Mélenchon et des députés de la France Insoumise. Et il commence à s'installer un duel entre Macron et Mélenchon, le premier représentant l’État et le second voulant représenter la Nation, allant jusqu'à la mobiliser dans la rue, et après avoir plaidé pour une constituante.

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Cette dichotomie est nouvelle dans notre démocratie, car jusque-là l'opposition entre la gauche et la droite ne s'exprimait que sur la conduite des affaires de l’État ; et les alternances au pouvoir permettaient à chaque camp de marquer leur temps sur le mur de notre République (le SMIC, la peine de mort, les 35 heures, les radios libres, l'impôt sur les grosses fortunes, la fin de la conscription, le mariage pour tous, le projet européen, ...). On parle d'ailleurs, pour tous ces présidents et ministres, de femmes et d'hommes d’État (sans que cela soit toujours mérité d'ailleurs). Quant aux populistes et autres nationalistes, qui rejettent haut et fort les politiques menées par ce « cercle de la raison » (la formule est d'Alain Minc et a déjà 15 ans), ils ont été trop longtemps incarnés médiatiquement par le clan des Le Pen ; et c'est pour eux un fond de commerce.

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Alors la séquence ouverte au printemps 2017 par Macron et par Mélenchon est passionnante, et je pense qu'elle va rythmer notre vie démocratique ces prochaines années. Qu'importe ces personnes-ci, car elles ne font qu'incarner une facette de la France, mais ce qui est nouveau serait que ces deux  facettes-là puissent se confronter durablement. Et c'est important qu'il y ait de la confrontation, voire du conflit, car c'est de là que naît le progrès ;-)